Mars 1965, Nicolae Ceaucescu accède au pouvoir en Roumanie. Après quelques années de légère réouverture culturelle, le régime se durcit et le gouvernement lance, en 1972, un grand programme de « systématisation », jusqu’à instaurer une dictature en 1980.
Bucarest, 1989. Eva, 17 ans, vit difficilement le passage à l’âge adulte dans une société bancale et affaiblie par des années de privation. Son petit frère Lalalilu va tout faire pour la « sauver ».
1989, il y a 17 ans déjà, 17 ans seulement. Alors que cette date marque un des tournants historiques les plus récents et les plus importants (la chute du Bloc Soviétique), elle reste étrangement peu traitée sur grand écran, notamment du point de vue des fameux Pays de l’Est. On ne peut donc être que touché par ce témoignage émouvant et coloré que représente
Comment j’ai fêté la fin du monde. Si
Goodbye Lenin ! montrait la chute du Mur de Berlin avec humour et décalage, le film de
Catalin Mitulescu choisit le point de vue innocent et naïf d’un enfant de 7 ans.
A travers les yeux de Lilu, à travers sa fragilité et ses maladies successives, on comprend les privations. A travers son amour pour sa sœur, on comprend les injustices. A travers son désir de sauver cette sœur adorée, on découvre la naïveté d’une époque, d’une génération persuadée qu’un homme seul, Ceaucescu, est responsable de tous leurs maux, mais qui reste trop effrayée pour se soulever. Usant d’une photo réaliste et brute, Mitulescu choisit le point de vue intérieur – la crise personnelle d’Eva, les peurs de Lilu – pour faire écho à une crise nationale et internationale…. Un écho qui fait mouche.
On regrette cependant une structure brouillon, avec des personnages aux motivations obscures et des intrigues secondaires tantôt surexploitées, tantôt transparentes. Un sentiment de flou qui, associé à une psychologie maladroite du personnage d’Eva, finit par donner au film des longueurs évitables. Gageons que ces maladresses sont le passage obligé d’un premier long-métrage, mais augurent de l’ambition d’un réalisateur audacieux.
Eléonore Guerra