Comment vous êtes-vous retrouvés à tourner un film dans un commissariat ?
Nous venions de tourner un premier film dans une école de police, dans laquelle mille jeunes à peine sortis de l’adolescence sont formés chaque année. A la fin des neuf mois d’enseignement théorique, les élèves partent pour un stage de trois mois en commissariat. Nous sommes partis avec eux. Le ministère de l’Intérieur nous a affecté au commissariat d’Elbeuf, pas loin de Rouen où est située l’école. Nous avons passé quelques jours à rencontrer les différents acteurs du lieu et, au delà du suivi des élèves, c’est le commissariat dans son ensemble qui s’est imposé comme sujet de notre film. Comment avez-vous percu la ville ? Au début Elbeuf nous est apparue comme une zone rurale, une ville morne, où les seules affaires concernaient des anecdotes de voisinage... Mais à force de patrouiller avec les flics, nous avons découvert d’autres espaces, plus urbains, avec une forte presence de jeunes. Elbeuf ressemble à un croisement entre une ville de province et une banlieue. C’est une zone frontalière que l’on retrouve dans une multitude de villes françaises du 21ème siècle : des champs à l’abandon au pied de grandes tours, une église au milieu de maisons aux fenêtres murées, une rue commerçante qui traverse la ville, des usines désaffectées recouvertes de tags, des terrains vagues occupés par des campements de gitans, une zone commerciale à l’entrée de l’autoroute... Ce genre de ville est le cadre de vie de millions de français, mais on n’a pas l’habitude de voir ces espaces-là au cinéma. La ville s’est peu à peu imposée comme un des personnages principaux du film. Derrière la chronique de la vie d’un commissariat, on a senti que se dessinait le portait d’une ville.