Œuvre méconnue, cette « comédie thriller », selon les termes du cinéaste, est une œuvre riche et pleine d’inventivité formelle, comme dans ces deux morceaux de bravoure : la scène du cimetière et la scène filmée « du point de vue de la voiture » où Blanche et George se retrouvent pris au piège dans un véhicule sans freins. Ce film allie savamment humour et suspense et renoue avec la veine comique d’un Mais qui a tué Harry ? Il interroge aussi des thèmes chers au cinéaste comme l’identité, la culpabilité, mais surtout, le cinéma comme dispositif, tel que le conçoit Hitchcock lui-même. C’est ainsi que Jean Douchet, en 1999, dans son ouvrage sur le cinéaste, voit dans Complot de Famille un prolongement de Vertigo, Fenêtre sur cour ou La mort aux trousses, films qui ont tous pour objet détourné le cinéma et les relations étroites qui lient le public à la fiction et déterminent la mise en scène hitchcockienne. Blanche, la fausse voyante, peut ainsi être perçue comme un double du metteur en scène qui adapte son récit aux réactions du public (Miss Rainbird) et lui donne à voir et à entendre ce qu’il souhaite secrètement.