MARTA
Marta revient dans un endroit qu’elle ne connaît pas mais auquel elle appartient un peu : Reggio Calabria, la ville où elle est née. Le retour vers le sud est un phénomène qui s’est récemment répandu en Italie, à un tel point que l’on peut parler « d’émigration du retour ». De nombreuses familles abandonnent tout espoir d’une vie meilleure dans le nord où les usines ferment et les emplois sont détruits, et préfèrent retourner sur leur terre d’origine où elles peuvent être soutenues et aidées par leurs amis et leurs parents. Marta ne retrouve pas la chaleur et l’esprit communautaire qui peuplent ses souvenirs familiaux, mais une immense banlieue où son sentiment d’abandon et de solitude est exacerbé. Reggio Calabria est une ville où l’arrivée de la modernité a fait beaucoup de mal, les plaies sont encore ouvertes. Des terrains attendent éternellement qu’on y construise quelque chose, des maisons inachevées, d’immenses centres commerciaux, un grand besoin de frimer : un monde qui, au lieu de s’organiser, a un besoin constant d’accumulation sans jamais rien jeter. Ce n’est pas le sud du soleil, de la mer et des couleurs vives. Marta voit Reggio Calabria sous un jour urbain, glacé et inhospitalier. En errant dans la ville, je me souviens avoir ressenti que les rues et les immeubles étaient aussi jeunes que Marta. C’est une ville à l’état de bébé déguisé en femme, une jeune fille déjà usée par sa propre expérience.