Ce n’est un secret pour (presque) personne, avant de se faire remarquer par son drôlement touchant
Les Convoyeurs Attendent,
Benoît Mariage avait pu aiguiser sa plume et son objectif du côté de l’émission belge culte :
Strip-tease.
Pas étonnant alors que, face aux (més)aventures de Daniel Piron (journaliste raté, persuadé que son regard avisé sur le monde et la société se doit d’éclater au grand jour) nous rappelle furieusement les soirées
télé-réalité old school.
Ainsi, il n’est pas non plus surprenant de retrouver dans
Cow Boy la terrible loupe grossissante qui rend les anonymes si cruellement risibles… et de revivre le même malaise que devant notre petit écran. Pourtant, à travers la quête de vérité du personnage de Poelvoorde – qui n’hésitera rapidement pas à orchestrer la réalité pour la rendre plus cinématographique et donc « plus vraie » - c’est une intéressante critique de l’intelligentsia bobo de gauche, convaincue de comprendre le petit peuple mieux qu’il ne pourrait se connaître lui-même, mais finalement à côté de la plaque.
Et c’est d’ailleurs en réussissant le difficile équilibre entre cynisme, pessimisme et ironie que Mariage préserve l’humanité de ses personnages et, accessoirement, fait passer les longueurs de son film. Grâce à son regard acéré et aguerri, mais également plein de respect et d’empathie, il nous évite de tomber dans la moquerie gratuite et pointe intelligemment la crise de la création et de l’information. Aveuglé par son propos et son égo, Daniel Piron/Don Quichotte finit par s’exclure tristement de ses ouailles alors que son objectif premier était de capturer « fraternité » et « partage ».
A ce propos… Un artiste qui se perd ? Filez lire l’entretien de
Benoît Poelvoorde qui suit : l’honnêteté et la lucidité dont il fait preuve concernant sa carrière risquent de vous surprendre.
Eléonore Guerra