Il y a des films qui appartiennent à l’Histoire du cinéma.
Cria Cuervos semble être de ceux-là. Le long-métrage de
Carlos Saura, récompensé par le
grand prix spécial du jury au Festival de Cannes en 1976, témoigne d’une époque où l’Espagne vivait sous la censure gouvernementale. Le réalisateur ibérique utilise symbolisme et métaphores pour critiquer les valeurs du régime franquiste. Dans le film, le père symboliserait Franco, la grand-mère l’Espagne d’avant-guerre, la mère la République d’hier et l’héroïne la jeunesse pleine d’incertitudes et d’espoirs… Pour être honnête, il apparaît difficile de déceler l’ensemble de cette symbolique 30 ans plus tard.
Car ce qui marque lorsqu’on regarde - pour la première fois -
Cria Cuervos en 2007, c’est la prestation époustouflante d’
Ana Torrent. La comédienne, à peine âgée de 9 ans à l’époque, impressionne. Non seulement par le calme qu’elle dégage, mais aussi par cette faculté incroyable d’émouvoir d’un simple regard. Et ce, dans n’importe quel registre : colère, absence, tristesse, joie… Ses yeux, d’un noir à l’encre de Chine, attrapent le spectateur pour l’emmener dans les plus sombres recoins de sa mémoire. De
Cria Cuervos, on retiendra aussi la réalisation très propre et créative de
Carlos Saura ainsi que la chanson « Porque Te Vas », dont l’air s’accroche aux oreilles comme un vieux générique de dessin animé.
Pour le reste, on se perd tout le long du film dans ce mélange entre passé-présent-futur, se demandant quelles scènes existent vraiment. La lenteur prend le pas sur la performance de l’héroïne et l’abus d’intimisme procure un léger malaise. Très vite, on s’ennuie. Survient alors une drôle de sensation : l’impression de se retrouver au collège, en cours d’espagnol, lorsque le professeur diffusait une vieille VHS de
La Controverse De Valladolid. Contrairement à d’autres films,
Cria Cuervos paraît définitivement subir les dégâts du temps.
Alain Martino