Filmer le réel pourrait sembler (au-delà du jeu de mot) inconciliable avec le fait de réaliser un film. Pour faire simple, disons que je préfère travailler avec ce que j’ai sous les yeux : des lieux déjà traversés, expérimentés. Des corps déjà connus. Des souvenirs plus ou moins précis. Des musiques qui m’ont bercé. Des sensations passées. Mais de toute cette récollection, de ces matériaux épars, j’essaie alors d’inventer un agencement inouï, signifiant. Une sorte de dispositif ludique, arbitraire, grâce auquel chaque élément viendra trouver sa place au montage. Si j’ai, depuis mes premiers films d’étudiant, choisi de donner une forme à cette perception discontinue du monde, c’est qu’elle reste LE sujet de notre temps.