Sept réalisateurs. Un thème : l’art et le sexe.
Destricted, le résultat.
Une compilation explicite de courts métrages montrant sans tabous la représentation du sexe dans l’art. Destricted possède les traits d’une expérience à part entière, ceux d’un moment intense dans la vie d’un spectateur ordinaire. Marquant car provocateur, choquant car malsain, le projet imaginé par
Mel Agace et
Neville Wakefield se veut donc une alternative à la pornographie contemporaine. « L’idée est venue comme un défi lancé à ceux qui aiment la pornographie mais qui sont affligés par le manque de créativité esthétique du genre », raconte
Neville Wakefield. Les deux producteurs américains ont ainsi fait appel à 7 cinéastes, et non des moindres -
Marina Abramovic,
Matthew Barney,
Marco Brambilla,
Larry Clark,
Gaspar Noé,
Richard Prince,
Sam Taylor Wood - en leur imposant un cahier des charges relativement simple : faire un court-métrage d’environ 10 à 15 minutes avec le même petit budget pour tous.
C’est ainsi que les réalisateurs ont filmé le sexe dans leurs univers respectifs.
L’étrange Hoist débute ce festival de chair. On y découvre l’un des thèmes forts de
Matthew Barney, les objets hybrides, au travers d’un homme faisant étrangement l’amour à une machine. Déstabilisant. Suit
Balkan Erotic Epic, signé par l’artiste serbe
Marina Abramovic qui nous raconte d’irréelles coutumes des balkans dans lesquelles, par exemple, les maris doivent pénétrer la terre pour obtenir de bonnes récoltes. Présenté comme une leçon d’école et alternant scénettes filmées et animées, le court-métrage prône avant tout l’humour. Un régal.
Vient ensuite le
House Call de
Richard Prince qui choisit de filmer sur un écran de télévision une oeuvre pornographique des années 80. 12 minutes de gros plans où poils, seins, verge et vagin, accentuées par le son tonique d’une salle de cinéma obligent le spectateur à se réfugier au fond de son siège. Perturbant. Heureusement,
Larry Clark vient à la rescousse avec
Impaled, sans aucun doute le court-métrage le plus réussi et le plus intéressant de
Destricted. Après avoir passé une petite annonce pour recruter un jeune homme qui souhaiterait découvrir l’univers du porno, l’auteur filme ce casting de la jeunesse américaine en posant des questions sur leurs envies et leurs habitudes sexuelles. Le cinéaste en choisit finalement un qui devra choisir une actrice porno professionnelle pour tourner une scène. Savoureux.
Dans un tout autre genre,
Sync est montage d’une minute compilant des milliers d’images de films hollywoodiens, de pornos et de séries tv. On ne peut qu’apprécier et saluer le travail de montage. Avant dernier du lot,
Death Valley de Sam Taylor-Wood, dans lequel un homme se masturbe dans le désert. Plan fixe, petitesse de l’homme face à l’immensité de la nature. Bizarre. Enfin il revient à Gaspard Noé de clore
Destricted. Le réalisateur français propose
We Fuck Alone, parallèle entre une jeune femme qui se masturbe avec son nounours et un jeune homme avec une poupée gonflable. On y retrouve les effets terribles d’
Irréversible : musique oppressante, caméra en mouvement continuel, image coupée de façon permanente comme un clignement d’œil. 23 minutes qui en paraissent des heures.
Oeuvre traumatisante,
Destricted alterne le bon comme le mauvais. C’est avant tout une expérience cinématographique éclatée et dérangeante que tout spectateur devrait connaître.
Alain Martino