Surprise au festival britannique de Dinard : Boy A est récompensé avec 4 prix !
Le Festival de Dinard, sur une plage face à la Grande-Bretagne, c’est le rendez-vous annuel du cinéma britannique. Une vingtaine de films en avant-première, et six en compétition, des hommages, 120 kilomètres de pellicule… et une nouvelle fois du cinéma comme on aimerait en voir plus souvent. Les films britanniques sont peut-être les meilleurs du monde,
definitely maybe.
19ème Festival Du Film Britannique De Dinard 2008 s’est déroulé du 2 au 5 octobre avec une tendance à l’introspection à travers de nombreuses histoires dans lesquelles considérer le passé et son parcours serait une nécessité pour rebondir et avancer. C’était aussi l’occasion de se rendre compte que les films venant de l’autre côté de la Manche ont peut-être un train d’avance sur les autres, tant ils sont tous brillants à leur manière. En France, souvent les acteurs profitent des rôles (réunir des noms connus pour mettre en valeur un scénario), tandis que dans les films britanniques ce sont plutôt les rôles qui profitent aux acteurs (le scénario oblige à réunir des acteurs qui correspondent au rôle),
some might say.
Le Palmarès et les commentaires du jury sur Boy A:
La surprise est venue du film
Boy A de
John Crowley qui a remporté quasiment tout les prix, presque un hold-up. Le jury était présidé par
Lambert Wilson et réunissait les actrices
Lucy Russel,
Valérie Kaprisky,
Aïssa Maïga,
Tara Fitzgerald,
Alice Taglioni, le réalisateur
Gabriel Aghion et les acteurs
Rory Mccann et
Arié Elmaleh, ainsi que Steren Le Scan (une cinéphile).
- Grand Prix Hitchcock d’or :
Boy A.
- Prix du meilleur directeur de la photo :
Boy A.
- Prix du meilleur scénario :
Boy A.
- Prix du public :
Boy A.
Le palmarès remarque aussi ces films :
- Prix coup de cœur des exploitants :
Hunger de
Steve Mcqueen.
- Prix entente cordiale du court-métrage :
Forbach de Claire Burger.
Au lendemain de la clôture, rendez-vous est pris avec le jury afin d'évoquer leur favori des six films en compétition, moments choisis :
-
Lambert Wilson :
" J’avais un peu le trac hier soir avec les cinq équipes de films qui n’allaient pas monter sur scène pour recevoir un prix. Participer à un festival c’est une nourriture fondamentale pour les gens de cinéma, c’est essentiel de se rencontrer et d’échanger dans ce cadre là. On a bien sûr considéré de partager les différents prix entre plusieurs films, mais vraiment de manière unanime on a ressenti que Boy A contenait tout, y compris meilleure cinématographie et meilleur script. "
-
Gabriel Aghion :
" C’est rare de voir un film aussi beau, aussi fort. Boy A est absolument remarquable, sans artifices, avec un scénario fort, des acteurs époustouflants, le film est pudique aussi. Le palmarès s’est imposé à nous, plutôt que nous avons choisi le palmarès."
-
Lambert Wilson :
" Il y a dans le cinéma britannique un réalisme social permanent, avec une tradition de s’intéresser à la vie des gens dans leur quotidien. Boy A soulève des questions modernes, comme donner ou pas une deuxième chance à un garçon d’une vingtaine d’années qui sort de prison après un meurtre commis quand il était enfant. Nous ne savions pas que Boy A allait aussi recevoir le prix du public. "
Les films en avant-première à Dinard:
Direction la côte d’émeraude pour quelques jours
so british. Revue de détails en forme de
best of. A peine arrivé pour poser la valise que déjà plongé dans une conversation
in english avec
Adam Deacon (qui joue dans
Adulthood) et son accent du genre
west london streets, d'you know what I mean.
Dinard c’est vraiment l’entente cordiale, alors pour commencer le festival en douceur, on découvre des films anglais avec des acteurs
frenchy dedans. En 2006 la réalisatrice
Jackie Oudney était récompensée ici pour son court-métrage
Vagabond Shoes (avec
Iain Glen). Elle est revenu présenter son premier long-métrage
French Film qui, malgré son titre, est bien anglais. C’est un film sur l’amour (les anglais n’y connaissent rien, d’où ce titre explique-t-elle en plaisantant) qui commence avec une sorte de parodie de film français avec un couple dans une cuisine : il s’agit d’une scène tournée par un réalisateur (joué par
Eric Cantona), expert en théorie de l’amour du genre "
la fin d’une histoire est dans le commencement ". Et c’est le point de départ où ensuite deux couples anglais analysent leurs relations : une femme refuse la demande en mariage de son compagnon depuis plus de dix ans, un homme remet en question son couple après avoir croisé son amour de jeunesse. Et si l’amour à la française avec le romantisme des rencontres était ce qui leur manquait ?
French Film est plutôt une gentille bluette.
Les british sont venus avec leur pluie (pour ne pas dire qu’il pleut en Bretagne) et Dinard a su bien recevoir tout le monde avec une dégustation de vins du terroir, en compagnie du parrain de cette année
Pierre Mondy et du jury de la compétition présidé par
Lambert Wilson. Il s’est dit très honoré de guider ce jury composé de
Tara Fitzgerald,
Valérie Kaprisky, Aïssa Maiga,
Lucy Russel,
Alice Taglioni,
Gabriel Aghion,
Arié Elmaleh,
Rory Mccann et d’une cinéphile. La cérémonie d’ouverture a été suivie d’un hommage au réalisateur
Hugh Hudson, à qui l’on doit
Les Chariots De Feu (4 oscars) ou
Greystoke, La Légende De Tarzan. Il est venu en compagnie de l’acteur
Colin Firth pour présenter son film
My Life So Far (avec
Irène Jacob et Tcheky Karyo), resté inédit en France.
Hugh Hudson a ironisé sur les distributeurs de films en disant que "
les américains c’est le diable, et il faut danser à sa façon ", et
Colin Firth a poursuivi "
les compromis peuvent être aussi une preuve d’intégrité ". Hugh Hudson a présenté
Revolution Revisited, soit un nouveau montage de 2008 pour son film de 1985 (avec
Al Pacino,
Donald Sutherland,
Nastassja Kinski…), suivit d’un débat avec le public,
the masterplan.
Les films britanniques les plus attendus ont donc été découverts à Dinard avec, en premier lieu
Hunger qui avait déjà secoué Cannes en remportant la Caméra d’or. L’acteur
Liam Cunningham (également dans
The Escapist en compétition) nous l’a présenté en disant
" une des choses les plus courageuses que le réalisateur Steve Mc Queen ait faite avec ce film c’est de s’attaquer à un sujet qui est encore une blessure ouverte en Irlande, il a eu cette capacité de faire une œuvre d’art avec ces évènements violents. " En 1981, en effet, des partisans de l’Irlande du Nord entament une grève de la faim suite à leur mouvement
Blanket Protest : ils refusent d’être considérés comme des criminels et veulent le statut de prisonniers politiques. Entre cachot répugnant et brutalité extrême des gardiens de cet univers carcéral étouffant se glisse un peu de lumière : la force de l’engagement idéologique et même les contradictions à défendre au prix de sa vie ce que l’on estime juste.
Hunger est éprouvant mais ça sera LE film à voir le 19 novembre,
it’s good to be free.
Un autre des films les plus attendus des festivaliers était peut-être
Genova, le nouveau film de
Michael Winterbottom à qui l’on doit déjà des oeuvres aussi différentes que
In This World,
9 Songs ou
The Road To Guantanamo. L’acteur chéri des dames
Colin Firth a évoqué ce tournage particulier : "
presque sans équipe technique, une dizaine de personnes, et pas beaucoup de temps : de cette façon tout les liens affectifs qu’on devait recréer se faisaient vite, c’est un film d’une honnêteté totale. " Dans le film,
Colin Firth est un papa qui se retrouve seul avec ses deux filles qui ont perdu leur mère dans un accident de voiture. Quelques mois plus tard, ils quittent les Etats-Unis pour aller en Italie, à Gênes. La cadette fait des cauchemars et croit revoir sa maman, tandis que la sœur préfère ses nouveaux copains à sa famille et que le père revoit une ancienne amie (
Catherine Keener, toujours épatante) et donne des cours dans une école. On sent que chacun à sa manière referme sa douleur aux autres puisque se retrouver ensemble fait se raviver le deuil.
Michael Winterbottom filme la ville et ses personnages caméra à l’épaule, il est sans cesse autour des acteurs pour capturer des moments de vie où ils sont naturels. Et peu à peu le spectateur partage la peine de cette famille où il manque quelqu’un, l’émotion monte par petites touches,
little by little.
On pouvait également découvrir
The Duchess avec
Keira Knightley (ainsi que
Ralph Fiennes et
Charlotte Rampling) : devant le nombre de gens qui n’ont pu rentrer il a fallu une séance supplémentaire. Pour en parler il avait Dominique Cooper (venu aussi avec
Brian Cox pour
The Escapist en compétition) et la belle
Hayley Atwell (qu’on a découvert l’année dernière à Dinard dans
How About You). "
C’était une opportunité rare pour nous de jouer dans ce film prestigieux " nous dit Dominique Cooper. Pour
Hayley Atwell "
on est content de ne plus avoir à passer des heures dans nos costumes, surtout lui avec une perruque affreuse ! " L'histoire ? Giorgiana Spencer devient duchesse à 17 ans en étant mariée au puissant duc de Devonshire : son devoir est de lui donner un héritier mâle. Malheureusement, le duc a des aventures ailleurs et n’a aucun égard pour elle. Evidemment elle est bien malheureuse de ne pas être aimée, de plus elle est trompée sans avoir le droit d’en aimer un autre… Les amateurs d’histoire romantique en robe d’époque et de reconstitution historique seront comblés le 12 novembre,
whatever.
Le film
Adulthood écrit et réalisé par
Noel Clarke était lui attendu surtout des fidèles de Dinard, puisque qu’il s’agit de la suite de
Kidulthood réalisé par Menhaj Huda qui avait remporté le prix du scénario il y a deux ans… et qui était déjà écrit par
Noel Clarke. Donc après
Kidulthood, il a imaginé une suite qui se déroule six après et, pour l'occasion, l est passé derrière la caméra et en profite pour jouer le personnage de Sam qui sort de prison coupable d’homicide. On retrouve presque les mêmes personnages et les mêmes endroits. Ils ont grandi, mais les choses n’ont pas tellement changées.
Adulthood est concentré sur une journée entre retrouvailles et règlements de compte, et les conflits sont omniprésents. L’acteur
Adam Deacon explique que "
ce film montre une culture rarement vue à la télé ou au ciné : il a eu un grand impact sur le public anglais, depuis quelques mois à Londres on parle plus de meurtres par coups de couteau, il parle des conséquences de ses actes ".
Adulthood, avec un montage un peu trop clipé, semble moins puissant que
Kidulthood, mais on peut tout à fait le suivre sans avoir vu l’autre. C'est un film coup de poing en Angleterre, mais on ne sait pas encore si il sortira en France, en attendant
Kidulthood est disponible (sous le titre français
Generation Gangsta) en DVD,
go let it out.
Dinard proposait également de découvrir d’autres avant-premières comme
The Edge Of Love de
John Maybury avec
Keira Knightley,
Sienna Miller,
Cillian Murphy…,
Love Live Long de
Mike Figgis,
Flashbacks Of A Fool avec
Daniel Craig,
Emilia Fox,
Claire Forlani…, ou
The Escapist (en compétition) avec
Brian Cox,
Joseph Fiennes,
Liam Cunningham,
Seu Jorge,
Dominic Cooper,
Damian Lewis… A signaler
Le Funambule sur Philippe Petit qui avait illégalement marché sur un fil tendu entre les deux Twin Towers de New-York : Des récompenses comme meilleur documentaire dans plusieurs festivals (dont Sundance), un succès à l’international et une critique dithyrambique, et bizarrement pas de sortie cinéma en France (nul n’est prophète en son pays?) avec à la place une sortie en DVD le 4 décembre,
up in the sky.
Trois coups de cœur britanniques
Il y avait un OFNI en compétition. Etait-ce un vrai-faux documentaire avec une moitié de fiction et une autre de grain de folie ? En tout cas c’est totalement original.
A Complete History Of My Sexual Failures de et avec
Chris Waitt est irrésistible, c’est le grand éclat de rire de Dinard.
Chris Waitt se filme lui-même (ou se fait filmer par un copain qui le suit) pour un documentaire sur lui et sa vie amoureuse : pourquoi il a été largué par chacune de ses ex-petites amies. Il entreprend de renouer le contact pour les interviewer et se demande ce qu’il va apprendre sur lui-même. On va lui conseiller de se soigner notamment parce qu’il est nul au lit… De même qu’il y a eu Borat en politique, il y aura Chris pour l’amour,
A Complete History Of My Sexual Failures est un futur film culte en puissance. On peut s’empêcher de rire des mésaventures de
Chris Waitt (qui se moque aussi de lui-même), tant il en devient touchant de maladresse et on ne peut que souhaiter que ça s’arrange. Une heure et demie plus tard la salle - conquise - applaudit,
Chris Waitt et Alexandra Boyarskaya sur scène confirment que tout est vrai.
A Complete History Of My Sexual Failures devrait arriver vers avril 2009 en France,
who feels love.
Le public a énormément aimé
The Club, aussi en compétition. Le réalisateur
Neil Thompson était venu avec son quatuor de comédiens
Mel Raido,
Colin Salmon,
Shaun Parkes, et
Scot Williams. Un homme en conflit avec son ex-femme depuis leur séparation se fait humilier par des voyous devant ses deux fillettes. Il découvre un peu par hasard la boxe, et là il se fait des nouveaux amis qui l’amènent à travailler comme videur à la porte d’un club. Il plonge alors dans un nouvel univers et prend confiance en lui : il ne veut plus avoir peur, mais les affaires louches de gangsters dans le club annoncent une spirale de violence… De la musique aux costumes on découvre le début des années 80 avec cette histoire qui réserve bien des surprises. C’est fin 2008 qu’il va falloir attendre la sortie de
The Club,
where did it all go wrong.
Le film choc du festival était
Eden Lake dans lequel on se rend compte avec horreur qu’il vaut mieux se méfier d’une bande de gamins, surtout quand on se retrouve seul au bord d’un lac dans une forêt… Dérapages incontrôlés en perspective, le réalisateur
James Watkins réussi parfaitement à nous procurer des sensations fortes.
Eden Lake arrive en salles dès ce mercredi 8 octobre,
don’t go away.
Le réalisateur
Shane Meadows est devenu, au fil des années, le chouchou du Festival du Film Britannique de Dinard.
Dead Man'S Shoes remporte le Hitchcock d’or en 2004 et ses autres films ont été montrés ici, dont
This Is England l’année dernière. Il est donc de retour avec
Somers Town (nom d’un quartier où on construit une gare) où il fait se rencontrer deux adolescents : un ado de 16 ans qui débarque sans connaître personne et le fils d’un ouvrier polonais.
Shane Meadows explique que ce qui devait être un petit film tourné en une dizaine de jours est devenu ceci : un film d'environ 75 minutes, en noir et blanc, avec un acteur polonais… et le son second meilleur succès en salles en Angleterre !
Somers Town est vraiment formidable. Le président du jury
Lambert Wilson y voit un exemple du cinéma anglais le meilleur avec une photographie sociale moderne. C’est fantaisiste et réaliste en même temps, bref comme il dit "
Somers Town is a reduction of everything brillant in british cinema, le drame est en permanence voisin de l’humour, ce qui est d’ailleurs typique de la dramaturgie anglaise ". Il faudra attendre juin 2009 pour voir ce petit chef d’œuvre,
standing on the shoulder of giants.
Dinard s’est mise à l’heure anglaise durant quelques jours, le 19ème Festival du Film Britannique est le lieu idéal pour que le public découvre une belle sélection de films, en compagnie de ceux qui les ont fait et du jury. D’ailleurs un dernier brunch très convivial a rassemblé
Brian Cox et
Shane Meadows,
Hugh Hudson avec
Chris Waitt et Alexandra Boyarskaya,
Neil Thompson,
Liam Cunningham,
James Watkins,
Colin Firth qui ont tous salué l’organisation du festival. Pour la 20ème édition il se pourrait bien que l’actrice
Hayley Atwell revienne comme membre du jury et que…, rendez-vous est déjà pris pour 2009,
thank you for the good times.
Christophe Maulavé (
Dinard, le 7 octobre 2008)