Un film de
Hirokazu Koreeda, avec Arata, Yusuke Iseya,
Susumu Terajima,
Tadanobu Asano.
SYNOPSIS
Un massacre est perpétré par les disciples de la secte religieuse "Arche de la vérité". Une centaine de personnes y ont trouvé la mort.
Trois ans plus tard, le jour d'anniversaire du massacre, quatre amis qui ont perdu des proches dans la tragédie cherchent un peu de réconfort en entreprenant un pèlerinage vers le lac où l'engrenage infernal a commencé. Ils rencontrent un homme qui était présent aux côtés des criminels jusqu'au moment de la tuerie.
Leur quête prend alors une tournure étrange.
L'AVIS DE LA REDACTION :
Des jeunes gens partent ensemble comme chaque année porter le deuil de leurs proches morts dans le suicide collectif de la secte "l'arche de la vérité". Au début le film s'approche de l'esthétique du reportage, avec une caméra branlante.
Une verve poétique émane alors de DISTANCE, il y a une réelle contemplation de la nature paisible où le temps ne semble pas avoir de prises. Le temps de la pause et de l'attente alterne avec celui du flash-back, chaque personnage se souvient des circonstances du départ de leurs proches pour cette communauté.
La distance est celle entre les êtres, celle qui sépare aussi le monde d'où viennent ces personnages et celui en contraste, qu'ils découvrent. Un lieu dans lequel chaque mouvement de la nature est esthétisé, les gouttes de pluies sur un lac, l'embrasement d'un ponton…Le temps du souvenir est structuré, on découvre les rapports de chacun des personnages avec les disparus, leurs relations, l'endoctrinement, au fur et à mesure le récit se découvre et atténue le mystère de ce deuil. La distance se réduit entre le spectateur et ces personnages. DISTANCE est un film à la poésie contemplative, la nature est inspirante, le temps est suspendu, on s'imprègne de l'histoire de ces personnages qui ont choisi la vie et qui se libèrent du deuil. Le film traite avec finesse et nuance la perte d'un être proche, et sublime toujours le temps écoulé, notamment par l'image du chemin parcouru sur les rails de chemins de fer, le regard s'oriente vers le passé, comme dans les films Hou Hsiao Hsien.
On perçoit ce film comme une personnification de l'instant de la journée dont parle un des personnages : entre l'aube et la fin de l'obscurité, DISTANCE possède cette force superbe d'être "Bleu silencieux".
Sophie Giacomin
Hirokazu KORE-EDA - Biographie (Réalisateur) :
Né à Tokyo en 1962. Après des études à l'université de Waseda, KORE-EDA rejoint la compagnie TV Man Union pour laquelle il tourne plusieurs documentaires destinés à la télévision. Ce travail de documentariste sera couronné de nombreuses récompenses.
Son premier long métrage,
Maboroshi (1995), a reçu le prix Osella d'or au Festival international de Venise. Son second long métrage,
After Life (1998), a reçu le Grand Prix au Festival des Trois Continents de Nantes. Il a été distribué dans plus d'une trentaine de pays et notamment sur 200 copies aux États-Unis. DISTANCE est son troisième long métrage qu'il a également écrit et monté.
NOTE D'INTENTION :
Nous sommes tous des proches des criminels disparus
Six années se sont écoulées depuis le terrible attentat de la secte Aum au Japon. L'acte que ces gens ont commis est impardonnable. Mais considérer les auteurs de cet attentat comme des démons avec lesquels nous n'avons rien à voir n'est pas une solution. Car ils sont le produit de notre société et on pourrait donc se demander si nous ne sommes pas, nous aussi, des criminels. En tout cas, une chose est sûre, nous ne sommes pas des victimes innocentes. C'est ce que j'ai pensé en voyant l'attitude scandaleuse des médias qui ont harcelé l'un des dirigeants de la secte à sa libération. Dans mon film, les proches des coupables disparus vivent dans le présent, partagés entre la peine d'avoir perdu un membre de leur famille et le sentiment de culpabilité d'avoir un criminel parmi leurs proches. Ils sont à la fois coupables et victimes. Pour vivre dans la société actuelle, je crois que nous devons accepter la complexité de cette dualité. Voilà pourquoi j'ai choisi de centrer le sujet de mon film sur des personnages proches des coupables, mais peu émotifs : ils ne sont ni agressifs à l'égard des criminels, ni complaisants envers leur situation de victimes. Je crois que nous faisons tous partie de la famille des auteurs de cet attentat.
"Une vie après" qui continue
J'ai inventé ce terme. Mon film ne parle ni du crime ni de la secte en elle-même. Mon intérêt s'est limité à la vie quotidienne de ceux qui sont restés de ce côté. Trois ans après l'attentat, nous voyons un ancien adepte, la maison où vivaient les membres de la secte et le lieu du crime. Mon film ne montre que le présent, c'est-à-dire "la vie après" cet attentat. Tous les protagonistes, y compris Sakata, l'ancien adepte de la secte, sont accablés par le poids d'un terrible souvenir qui les empêche de communiquer avec autrui et même de se confronter à eux-mêmes. C'est peut-être à cause de ce souvenir qu'ils ont du mal à accepter la vie quotidienne telle qu'elle se présente. Parviennent-ils à appréhender "la Vérité" dont leur parlaient tant leurs proches qui sont passés de l'autre côté ? Qui avait tort, finalement ? Torturés par ces questions sans réponses, ils doivent vivre dans le présent. Ils ne s'abandonnent pasà la douleur, mais mangent, travaillent et font parfois des plaisanteries. Je crois que les êtres humains sont ainsi et que c'est ça, la vie. Voilà pourquoi il faut être fort pour vivre au quotidien. Voilà ce qui m'intéresse. Montrer que la vie continue me semble plus réel que d'évoquer la catharsis de héros ou d'anti-héros, et je crois qu'il est plus douloureux de parler de vie quotidienne que de souffrance et de tragédie. C'est ce que j'ai voulu dire dans ce film.
Sur la "distance"
Nombreuses sont les scènes dont les dialogues n'ont pas été écrits. J'avais décidé du contenu de chaque scène, mais j'ai laissé les acteurs libres de s'exprimer comme ils le voulaient. Je souhaitais qu'ils trouvent leurs propres mots et que ressortent leurs sentiments profonds à l'égard de ce crime. L'important était de les montrer dans leur vie quotidienne. Dans la première partie du film, je leur ai demandé de masquer leur douleur. On pourrait croire que ce sont quatre amis qui passent une bonne journée en excursion. Ils sont joyeux et c'est très bien ainsi. C'est exactement ce que je voulais. Cette gaieté peut sembler indécente mais elle m'a semblé nécessaire pour que les acteurs se sentent proches de leur personnage. Je voulais que nous réfléchissions ensemble à la façon dont ils pourraient surmonter ce terrible événement. À travers ce film, je voulais nous confronter à la difficulté de survivre dans ces circonstances. La contribution de tous les comédiens a été au-delà de ce que j'espérais. Grâce à un gros travail intérieur, je crois qu'ils sont parvenus à vivre réellement ce film. J'ai voulu montrer plusieurs "distances" : celle qui est entre ceux qui passent de l'autre côté pour "contribuer à l'Histoire" et ceux qui continuent à vivre dans un monde de valeurs relatives. Celle entre ces quatre personnages qui, tout en étant dans la même situation, sont incapables de partager leur douleur et leur solitude. Et enfin, celle entre les protagonistes et nous. J'espère qu'après avoir vu ce film, les spectateurs se sentiront plus proches de mes personnages qui a priori n'ont rien en commun avec eux.
Hirokazu KORE-EDA
(13 février 2001 - Traduit du japonais par Valérie Dhiver)
FICHE TECHNIQUE
Réalisateur : HIROKAZU KORE-EDA
Ingénieur du son : EIJI MORI
Décorateur : TOSHIHIRO ISOMI
L'AVIS DE LA PRESSE :
Les Inrocks :
"Sans rien céder sur le mystère, le Japonais Kore-Eda aborde les rivages fascinants et poétiques du dialogue avec l'au-delà. "
Bertrand Loutte (article entier disponible sur le site des
Inrocks)
Première :
" Ceux qui avaient été sensibles aux volutes formelles de Maborosi et d'After Life, les deux premiers films du cinéaste, trouveront ici confirmation du talent singulier de kore-Eda. "
(article entier disponible dans
Première) n°300, page 42)
CinéLive:
" Une jolie ballade, qui n'a d'autre dessein que de prouver que la vie continue, en dépit de tout "
Grégory Alexandre (article entier disponible dans Cinélive n°55, page 51)
Libération :
" C'est bien connu, le malheur des nations fait souvent le bonheur des cinématographies. A Kore Eda, la folie et la perdition vont comme un gant. Elles tourneraient même à l'idée fixe. Bon film, donc."
Philippe Azoury (article entier disponible sur le site de
Libération)
Télérama :
"Hirokazu Kore-Eda refuse de donner des réponses naïves et de dramatiser son propo savec des sentiments simplistes. "
Frédéric Strauss (article entier disponible sur le site de
Télérama)