Agnès Merlet est une réalisatrice qui prend son temps. Cette année, après onze ans d’absence et un film d’époque (
Artemisia), elle revient là où on ne l’attendait pas : le film de genre. Pris déjà d’un frisson d’angoisse à l’idée de voir une réalisatrice française s’attaquer au fantastique, on était dans l’ambiance… Mais voilà, contre toute attente, la frenchy a réussi son pari : nous faire (vraiment) peur !
Transcendant les simples codes du film de genre, la réalisatrice se joue de la psychologie des personnages. On pense naturellement à Jack Clayton et
Les Innocents à la vision de
Dorothy, jeune fille perdue dans la folie. Avec ses cheveux blancs et son regard sombre, l’adolescente magnifiquement interprétée par
Jenn Murray nous effraye dès la première apparition. Tantôt candide, tantôt garce, tantôt homme, tantôt femme,
Dorothy est atteinte du syndrome de personnalités multiples… sur une île des moins accueillantes où cohabitent des autochtones pas très bavards. Au fur et à mesure,
Agnès Merlet nous entraîne du thriller psychologique au surnaturel sans à coup, ni lourdeur. À la manière de Jacques Tourneur, elle suggère pour mieux inquiéter. Qui sont ces personnes qui habitent le corps de Dorothy ? Pourquoi les villageois sont-ils si hostiles à l’arrivée de la psychologue ? Autant de questionnements qui font monter l’angoisse d’une façon implacable.
Le rythme est tranquille, l’environnement terrifiant.
Entre réalité, rêve et folie, Agnés Merlet mène à bien son scénario. Mais malgré une mise en scène efficace et bien photographiée, le film est victime de la lourdeur de son sujet. Même si tous les « personnages intérieurs » de Dorothy font de l’effet, on finit inexorablement par se lasser de ses « changements d’humeurs ». Quant aux « personnages extérieurs », mis à part
Carice Van Houten très crédible dans le rôle de la fragile psy, ils ont du mal à ne pas surjouer leurs rôles un peu cliché du paysan violent pas très futé.
Mais le film ne manque pas d’efficacité. Pour preuve, on quitte la salle pas très rassuré, à se demander si Dorothy et ses amis ne nous ont pas suivi… Brrr…
Mathilde Grosjean