Dix ans séparent EASY RIDER de Denis Hopper et RAGING BULL de
Martin Scorsese. Dix ans de bouleversement politique, social, économique. Dix ans de crise qui virent s'élever une nouvelle génération de cinéastes écorchés vifs,
Francis Ford Coppola,
Martin Scorsese,
Roman Polanski,
Steven Spielberg, surfant sur les nouvelles vagues européennes. UNE DECENNIE SOUS INFLUENCE de Ted Demme - également sorti chez Wild Side- proposait de découvrir comment toute une génération de cinéastes américains adulée dans le monde entier s'était forgée une identité en allant voir des films européens et étrangers. Ici, EASY RIDER, RAGING BULLS choisit un angle plus "trash" et cherche à démontrer comment la génération sexe, drogue et rock'n'roll a sauvé Hollywood. Présenté hors compétition à Cannes en 2003 et inspiré du livre provoc de Peter Biskind "Le nouvel Hollywood", le documentaire propose à mille lieux d'un cours de cinéma rébarbatif, un véritable reportage fourmillant d'interviews passionnantes sur la génération salvatrice du cinéma américain, sa nouveauté, son originalité, sa décadence, ses mythes, ses erreurs. Baignant moins dans la provoc extrême que le livre, le documentaire de
Kenneth Bowser fait la part des choses et propose surtout un angle nouveau et différent, en s'attaquant au dessous d'un tournant obligé du septième art US. "Nous avions plus de cinquante heures d'interviews" confie le réalisateur dans les suppléments. Il explique pourtant que rien n'était gagné d'avance, tant le livre avait perturbé les gens du milieu - Capra l'avait qualifié "d'horrible". Sans concession et la langue loin d'être dans sa poche, le réalisateur se confie dans une interview non illustrée mais intéressante : "je n'étais pas là pour juger. Certains sont fiers de leurs vies, d'autres un peu moins, ils veulent garder la version officielle…"
Côté technique, même si le rendu des interviews est parfois assez sombre et que la qualité des images du documentaire varie selon leur âge, l'ensemble reste assez satisfaisant. A noter qu'une version française, aussi claire que la VO, est disponible. La présentation des menus, très chaude, agrémentée de bruit de pellicule et de musique rock seventies, reste dans l'esprit du documentaire. De quoi se plonger sans hésiter à la (re)découverte d'une décennie phare, idéaliste, avec ses héros et ses faiblesses, du cinéma américain…
Aurélie Maulard