Près de trente années se sont écoulées entre
Je Suis Un Autarcique (1976) et
Le Caïman (2006). Entre ces deux dates, et en attendant son prochain film,
Nanni Moretti n’a cessé de s’interroger sur des thèmes aussi divers que le cinéma italien, la vie politique italienne ou encore les devoirs du citoyen. Perspicace et engagé, c’est en s’intéressant dans plusieurs de ses films aux évolutions politiques de son pays qu’il y dépeint avec une analyse fine de la vie politique italienne (
Palombella Rosa, La Cosa - un documentaire sur les transformations au sein du Parti Communiste Italien en 1991), de l’accession au pouvoir de Berlusconi (
Aprile), des liens entre pouvoirs politiques et médias et leurs dérives, ou encore des maux de l’Eglise catholique (
La Messe Est Finie). Visionnaire, c’est le mot qui le définit le mieux. A posteriori, on ne peut que constater tout au long de sa filmographie, la justesse avec laquelle il a décrit les conséquences d’une situation dont il était le témoin (tout comme l’étaient d’ailleurs l’ensemble de ces compatriotes). C’est pour ces raisons qu’il semble opportun et même indispensable de faire découvrir (ou redécouvrir) les premiers films de
Nanni Moretti. Son implication (le caractère autobiographique des principaux personnages qu’il interprète lui-même), ses revendications, ses analyses sont présentes dès sa première œuvre.
Je Suis Un Autarcique (qui annonce clairement sa volonté de liberté) apporte une vraie fraîcheur et explore de nouveaux thèmes par rapport à la production cinématographique italienne de l’époque. Avec une grande maturité, il exprime les angoisses de sa génération dans un style mélangeant comédie et mélodrame. Ce sera sa marque de fabrique tout au long de ses films. Par ailleurs, les thèmes de l’industrie cinématographique et de l’influence des télévisions constituent aussi un formidable moteur créatif pour
Nanni Moretti. Si cette thématique est en filigrane dans
Ecce Bombo, qui traite plus de sa propre insatisfaction familiale, sociale et sentimentale, elle est le fil rouge de
Songi D’oro, où la concurrence entre réalisateurs est arbitrée par la télévision de manière spectaculaire (au sens premier du terme). Plus récemment,
Le Caïman est un film militant pour la liberté culturelle. On en est encore le témoin dans ses court-métrages
Le Jour De La Première De « Close-up »,
Journal Du Caïman et
Diario Di Uno Spattatore qui, ce qui lui paraît une évidence, est pour nous une révélation de la difficulté pour un cinéma engagé d’exister dans l’Italie Berlusconienne.