Réécriture vandale de la pièce de Christopher Marlowe, Edward II est une oeuvre libre et baroque qui mêle passion, trahison et violence en faisant fi de toute règle. Contestataire et provocateur, Jarman mêle la langue de Marlowe, l’un des plus illustres contemporains de Shakespeare, aux formes et aux emblèmes postmodernes des années 90. Puisant aussi bien dans la scénographie moderne (les espaces vidés du décor qui évoque le carton-pâte du Macbeth d’Orson Welles), que dans l’iconographie gay (le goût pour les uniformes comme revendication identitaire) ou dans l’esthétique pop (l’icône Annie Lennox y fait une apparition remarquée), Edward II mélange les genres sans pour autant renier son origine classique. Artiste protéiforme, figure clé du cinéma expérimental, Derek Jarman fait partie de ces cinéastes qui, avec Ken Russell et Kenneth Anger, ont construit leur cinéma autour du saccage des conventions. Oeuvre d’un auteur culte mort du sida en 1994, Edward II est un condensé magnifique de rage et de poésie.