Ce n’est plus un secret pour personne,
Cate Blanchett est certainement l’une des comédiennes les plus talentueuses de sa génération. N’empêche, on ne rechigne pas à la voir se (re)frotter à un nouveau défi. Pourquoi démarrer notre propos par une telle facilité ? Tout simplement parce que
Elizabeth : l’Age d’Or est (à l’instar du premier volet de l’épopée de la reine vierge) intégralement le film de Blanchett.
Sa chair fine, sa peau diaphane, sa voix étrange, sa silhouette lyrique et son regard décidé à tromper la mort, la peur et la douleur ; tout transpire la pesante reine. Et pourtant… Obscurité et étouffement, protocole et complots, amour et devoir, politique et sentiments ; tout respire la blanche Cate.
Comme elle menait le premier opus, l’actrice bien aimée enlève le second. Magistrale, elle transforme l’Histoire en histoire, elle mue l’épopée en vie… et vice versa. Entière, elle dessine le portrait d’une femme intérieurement brisée à qui l’on interdit ne serait-ce qu’une brèche : reine vierge et libre elle se doit d’être, femme seule et triste elle accepte de devenir. La Blanche est de presque tous les plans, forte ou faible, raisonnée ou égarée, écoutée ou décriée, mais toujours habitée.
Kapur ne lutte même pas, bien au contraire. Il a trouvé son Elizabeth il y a huit ans, il ne la perdra pas. Elle est là pour incarner, il s’évertue à la sublimer par sa minutie, son audace baroque (notamment dans les choix d’angles de prise de vue) et sentimentale (Elizabeth se perd dans les cruelles méandres d’un trio amoureux qui lui échappe). Ebloui par sa reine, Kappur fait alors danser ses brillantes marionnettes (Rush, Owen et Cornish) autour d’elle, les faisant se déplacer dans cette grande Histoire, tels des pions sur un échiquier géant (lui-même représenté dans les scènes de stratégie).
Bien sûr, on peut voir un miroir de la géopolitique actuelle (intégrisme religieux, espionnage, etc.). Bien sûr, on peut s’extasier devant la justesse de la reproduction épique de l’Histoire Elisabéthaine. Oui, on le peut. On le pourrait et on le ferait d’ailleurs volontiers si la Blanche ne nous avait pas déjà ensorcelés.
Eléonore Guerra