Il aura donc fallu attendre huit ans, presque neuf, pour retrouver
Albert Dupontel derrière la caméra. On l'avait vu chez les autres,
Gaspar Noé,
Bertrand Blier,
Jean-pierre Jeunet, briller, étinceler, et de son statut de doux dingue il était passé à celui d'acteur né. Aujourd'hui,
Albert Dupontel explose, et nous offre un vrai cocktail détonnant de poésie, de vitriol et d'acide chlorhydrique dont lui seul possède la recette. Un ovni incroyablement loufoque, drôle, dérangé et presque dérangeant, qui entonne un air de révolution corrosif face à une société de consommation sans pitié.
Si
Bernie et
Le Createur pouvaient sembler un peu sectaires,
Enfermés dehors joue moins la carte du trash, de la morbidité que de la poésie, du burlesque et de la vie à tout prix. Mais on y retrouve avec plaisir cette douce folie qui caractérise les films de Dupontel, cet étrange sentiment de vivre sur une autre planète - alors qu'
Enfermés dehors est carrément ancré dans la réalité - notre réalité.
D'un reflet triste de la société actuelle, ce poète en fait donc un conte de fées débordant d'amour, une succession de gags qui s'enchaînent sans accroc, ni surenchère ni faux raccords, un
« cartoon social » qui ne peut que nous rappeler les plus grands :
Charlie Chaplin, et
Buster Keaton. Car, en plus d'une leçon de vie, Dupontel nous sert une surprenante leçon de cinéma. Ce qui aurait pu faire mal aux yeux avec un cinéaste moins talentueux, surprend ici par tant d'audace et d'originalité…
Albert Dupontel enchaîne autant les pirouettes réelles que cinématographiques, choisissant un montage nerveux et une musique d'énervés pour rythmer son œuvre.
Parsemé de séquences et de répliques désormais cultes, (
"mais qu'est-ce qu'elle fout là ta boutique de merde ?"), de clins d'œil à ses pairs, Keaton, Chaplin, les Monty Python, et d'amis venus sur le tournage pour s'amuser comme des petits fous, le film nous montre un
Albert Dupontel qui gesticule, crie, saute, tombe et nous délivre un message à sa façon : arrêtons donc d'en avoir rien à foutre d'en avoir rien à foutre.
Enfermés dehors joue dans la cour des grands de l'absurde et du burlesque - et s'en fiche éperdument. On y rie de bon cœur, on en sort transformé, à la fois triste, joyeux et plein d'amour. Alors courrez vous enfermer à ses côtés…
Aurélie Maulard