D'où vous est venue l'idée d'écrire votre autobiographie ?
Mon intention était à l'origine étrangement commerciale. Certaines personnes critiquent mes films parce qu'ils ne sont pas narratifs. D'autres me complimentent : "j'aime tellement l’absence de narration dans vos films". Entendre cela a toujours été pour moi une source de frustration. Georges Toles et moi avons alors décidé de travailler dur afin d'introduire des éléments narratifs dans les scénarios, nous avons lu des milliers de livres, et nous nous prenons désormais à penser que nous connaissons la signification du mot "narration". En commençant Et les lâches s'agenouillent... je me suis dit: "Nom d'un chien, je vais écrire une histoire que les gens pourront comprendre, une histoire qui tient debout". J'ai lu les tragédies grecques, notamment "Electre" et "Médée", et j'ai pris les prémisses de ces histoires immortelles. J'y ai agglutiné des éléments purement autobiographiques, des choses qui comptent pour moi, des choses qui me préoccupent depuis quelque temps, d'autres qui m'obsèdent depuis longtemps, des désirs longtemps gardés secrets. J'aime glisser tout ça dans mes films. Et avant que je prenne conscience de quoi que ce soit, j'avais une histoire autobiographique à 99%. La structure originale des tragédies d'Euripide ressemble tellement à ma vie... Les intrigues y sont ingénieuses, elles décrivent la vie de chacun à un moment ou un autre. C'est d'ailleurs peut-être ce qui les rend éternelles. Je n'avais plus qu'à me débarrasser du peu de ce qui restait d'Euripide pour me retrouver avec une espèce de condensé de ma propre existence.