Le thème du conflit entre tradition et modernité est universel. A certains niveaux, on peut l’entrevoir dans les récents débats concernant le développement durable, l’écologie, l’ouverture de nos frontières, ou même l’éducation. Avec son premier long-métrage,
Faro la reine des eaux,
Salif Traore dresse une parabole engagée aux couleurs sociales et folkloriques pour aborder ce sujet sous le ciel Malien.
Zan, jeune ingénieur, revient dans son village natal au bord du fleuve Niger, à la recherche du père qu’il n’a jamais connu. Son retour pose problème : en effet, son statut de bâtard lui avait valu d’être chassé. Faro, l’esprit du fleuve, va se manifester à son arrivée, provoquant la peur de certains villageois qui réclament le départ de Zan. Ce dernier, au contraire, va préconiser un aménagement des berges, car selon lui, Faro n’existe pas.
À travers le personnage de Zan, on retrouve sans équivoque la marque du réalisateur. 4x4, caméra vidéo…
Salif Traore semble indiquer son penchant pour une Afrique moderne et individualiste. Le Niger incarne ce temps qui passe, à la barbe d’un village ancré dans le passé et la nostalgie. Néanmoins,
le réalisateur filme le village dans un ton de respect, avec neutralité et simplicité. Il dévoile ainsi tous les différents courants de pensées qui opposent les habitants, pas tous convaincus par les mêmes principes. Cette effusion de personnages est à double tranchant. Si elle permet d’un côté de dresser un tableau détaillé de l’Afrique rural, certains caractères peuvent tomber néanmoins dans une caricature inévitable de leurs idées.
Au-delà du débat entre évolution et coutume, ce film aborde la quête d’identité. Zan, qui a réussi à s’ancrer dans l’Afrique moderne, demande à savoir lequel des sages du village est son géniteur. Sa quête ultime est de faire bouger les mentalités pour aider les jeunes bâtards à s’identifier dans un système traditionnel qui ne les reconnaît toujours pas. L’égalité et l’individualisme deviennent alors la principale marque de modernité.
Parfois maladroit et brouillon, Faro la reine des eaux dévoile toutefois au spectateur européen un paradoxe intéressant, celui d’un voyage dépaysant agrémenté de valeurs familières. La marque d’un cinéma étranger de qualité, c’est avant tout sa capacité à dépasser les frontières. À cet égard,
Salif Traore remplit tout à fait son contrat.
Nicolas Ferminet