Quel peut être le rapport entre une jeune lycéenne salariée, une bande d’étudiants altermondialistes, des clandestins mexicains et le directeur marketing d’une grande chaîne de fast food ? L’industrie du fast food, justement. La très « correcte » et pourtant impitoyable nouvelle puissance régissant le monde.
Sur le papier, tout va bien. McDon… euh Mickey’s est une multinationale prospère, omniprésente et proposant des produits de qualité. Elle offre également une palette d’emplois, des plus qualifiés aux plus accessibles. La société contribue au développement des villes et des régions les plus reculées des US en offrant des
perspectives d’avenir. Sans compter les délicieux et ludiques repas qu’elle mitonne aux quatre coins du monde. Oui, Mickey’s est une chouette boîte… sur le papier.
Mais dans la vraie vie, la réalité n’est pas exactement aussi acidulée qu’un milkshake à la fraise.
Parce que dans la vraie vie, on trouve des résidus d’excréments dans la viande et les équipiers mineurs travaillent pour une misère. Dans la vraie vie, des clandestins mexicains non qualifiés sont parqués dans des abattoirs géants et sont chargés des tâches les plus difficiles et les plus dangereuses sans aucune garantie ni assurance en cas d’accident. Dans la vraie vie, des milliers d’hectares de culture sont sacrifiés à l’élevage industriel de steaks sur pattes.
Lorsque
Eric Schlosser publie
Fast Food Nation en 2001, il fout un énorme coup de pied dans le joli château de carte d’hypocrisie entretenu par une série de multinationales « alimentaires ». McDo et Burger King ont leur brûlot comme l’industrie du tabac avait eu le sien avec
Révélations. Pas cool… et avec l’adaptation cinéma du plutôt doué
Richard Linklater, ça ne risque pas de s’arranger. Ben oui, quand un type se gave de burgers et met bêtement sa santé en danger (
Super Size Me), on rigole en se disant que ce n’est qu’un fêlé. Par contre, devant la démonstration sobre – mais parfaitement construite – de Linklater, le constat fait violemment froid dans le dos.
S’entourant d’un casting béton (
Bruce Willis,
Greg Kinnear,
Ethan Hawke, mais aussi des perles comme
Catalina Sandino Moreno), le réalisateur a surtout l’intelligence de rester fidèle à lui-même (et à l’esprit de Schlosser). Voilà un film puzzle fait de hasards pas si fortuits que ça, de destins pas si éloignés et de vérités pas si assumées.
Les images défilent crues et claires. Oui on savait déjà tout, ou presque, mais on remercie chaudement Linklater et Schlosser de nous remettre le nez dedans. Un peu de prise de conscience ne fait jamais de mal.
Eléonore Guerra