Le sujet peut paraître incongru, insolite voire carrément rébarbatif : un documentaire d'1h15 sur les gens qui portent des lunettes. Souvent considéré comme une tare, taxé de marque intellectuelle, sujet de moquerie de la part de ceux qui n'en portent pas, les lunettes portent leur lot de préjugés comme un boulet. Pourquoi consacrer donc un documentaire à ce petit mal être inhérent à chaque société ?
Joao Jardim et
Walter Carvalho nous le disent dans le titre : les lunettes sont comme une fenêtre sur l'âme.
Loin de toutes préoccupations matérielles et matérialistes, le film enchaîne les témoignages d'artistes, de cinéastes, les images floues, l'étalage de couleurs, les réflexions philosophiques, les recherches métaphysiques… Sans trop de fil conducteur, les confessions, les souvenirs s'enchaînent et semblent flotter autour de nous, grâce notamment à un montage approximatif, pas très académique mais parfaitement adapté au documentaire. Comme si le réalisateur cherchait à nous faire rentrer dans ses images, dans son film. Les limites s'envolent et l'on part à la découverte de l'autre, comme ce photographe aveugle, cette petite fille qui a honte de porter des lunettes, cet homme aveugle dont le pire souvenir est d'avoir lâché quelque seconde sa fille alors qu'il se baignait dans la mer avec elle.
Au final, on n'apprend pas grand-chose, si ce n'est peut-être à mieux comprendre l'autre grâce à une heure de flottement dans les airs et de témoignages touchants, hétéroclites et parfois insolites. Hautement philosophique, FENETRE SUR L'AME se vit comme une expérience purement personnelle, comme un voyage introspectif. Il suffit juste de pouvoir rentrer dans le trip et la vision des cinéastes…
Aurélie Maulard