A l'occasion du 17e Festival Premiers Plans Angers 2005, nous avons rencontré
Claude Miller, co-président du jury qui revient pour nous sur ce festival, la compétition, sa carrière, etc.
Claude Miller, quel est votre regard sur ce festival Premiers Plans, que vous connaissez bien pour y être déjà venu plusieurs fois ?
C'est un festival qui est très bien organisé et très sympathique du fait qu'il est plein de jeunesse : ça crée quelque chose de très convivial, très chaleureux. Il est aussi extrêmement gratifiant pour ceux qui y participent et ceux qui voient les films : les premiers films, c'est a priori le cinéma de demain, et quand il est de très haute qualité comme ce qu'on a pu voir toute la semaine, c'est assez exaltant !
Presque tous les films en compétition ont désormais été projetés, quelle est votre impression d'ensemble ?
Il y a deux choses : d'abord la sélection est formidable, j'ai fait plusieurs jurys et rarement vu une moyenne de qualité aussi haute, je voudrais en féliciter les sélectionneurs. Il y a aussi quelque chose de très fort, c'est que les jeunes cinéastes sont très sensibles aux problèmes du monde, à la violence qui les entoure et à ce début de siècle assez inquiétant : les thèmes des films sont en général assez graves… Mais ça prouve que les jeunes cinéastes ne sont pas indifférents à la marche du monde, qu'ils ne sont pas forcément tournés vers leur nombril. Ça n'a pas toujours été le cas dans l'histoire du jeune cinéma : on a pu critiquer ou déplorer, il y a une dizaine ou une quinzaine d'années, un certain nombrilisme, et là je trouve qu'on ne peut absolument pas dire une chose pareille.
N'éprouvez-vous pas cependant parfois le besoin de respirer un peu face à ces thématiques très sombres ?…
Oui ! Mais vous savez, les sélectionneurs font avec ce qu'on leur donne, je crois que c'est vraiment le reflet des préoccupations des cinéastes d'aujourd'hui. Si les sélectionneurs avaient trouvé des pépites dans un domaine plus léger, ils les auraient certainement prises : d'ailleurs on en trouve quelques-unes dans les films d'école et les courts métrages. C'est vrai que dans les longs métrages il y a une très grosse charge dramatique, mais je pense que ça vient avant tout de la matière première donnée aux sélectionneurs.
Cette semaine vous aura-t-elle apporté au point d'avoir peut-être une influence sur votre travail à venir ?
Oui, il y a quelques films dont les qualités formelles et d'écriture cinématographique sont impressionnantes, et certainement il peut en rester quelque chose dans ma mémoire, comme tout grand film quand il vous touche !… Et puis je suis assez secoué, à la fin de cette semaine de cinéma, par tout ce que j'ai vu, par des choses que j'ai mesurées peut-être plus fortement et plus précisément qu'avant. J'ai appris des choses sur l'état du monde : c'est très enrichissant et assez mobilisant.
Avez-vous perçu des lignes directrices, par exemple des récits ou des préoccupations un peu différents entre l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est ?
Moins peut-être qu'il y a quelques années : il y a aujourd'hui une telle globalisation, une telle circulation des images, des idées, des êtres humains d'un pays à l'autre, qu'on voit beaucoup moins de différences entre les images de la réalité française et de la réalité roumaine, par exemple. Il y en a, évidemment, mais beaucoup moins qu'à l'époque du mur de Berlin !
Un mot sur votre travail avec les autres membres du jury… ?
C'est très agréable et drôle, parce que forcément, nous sommes cinq personnes très différentes les unes des autres ! En tout cas, on va sûrement regretter lors de la délibération de ne pas avoir plus de prix à donner, car il y a très peu de films auxquels on n'ait pas envie de donner quelque chose.
Pour terminer, quels sont vos projets en cours ?
J'ai deux chantiers d'écriture de scénarios. Un pour un film de cinéma, l'adaptation du roman Un secret, de Philippe Grimbert, qui est sorti il n'y a pas longtemps : il a eu le Goncourt des lycéens. Et puis la télévision m'a proposé de faire un film en deux parties d'après Lady L, de Romain Gary : c'est un remake, car ça a déjà été fait au cinéma avec
Sophia Loren il y a longtemps. C'est un très bon scénario et je serai ravi de le faire.
Propos recueillis par Arnaud Claes
(Angers, janvier 2005)
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17e Festival Premiers Plans Angers 2005