En suivant les parcours d’Azad et du jeune Ibo, immigrés kurdes en Allemagne,
Frères d’exil s’attache à montrer les difficultés d’intégration et la solitude des populations déplacées, quelles qu’elles soient. Mêlant soucis de la vie quotidienne et tensions communautaires,
Yilmaz Arslan explore sans détour les relations conflictuelles entre individualisme et nationalisme à outrance. Alors qu’Azad ne pense qu’à s’en sortir et à être heureux, il se retrouve, malgré lui, coincé dans le conflit entre immigrés turcs et immigrés kurdes. Il finira par être la victime d’un fanatisme communautaire (et de sa loi du talion) qu’il aura pourtant tout fait pour éviter.
Servi par une photo crue et des acteurs amateurs habités (Mention spéciale du Jury au festival de Locarno pour le tout jeune
Xewat Gectan),
Frères d’exil offre une plongée des plus réalistes dans l’enfer du fanatisme. A cheval entre documentaire sociologique, drame familial et film de gang, le film est visuellement (et émotionnellement) très violent afin de toucher au plus près la virulence des situations et des sentiments. Arslan parvient heureusement à distiller des séquences d’une rare innocence et nous sauve ainsi de la barbarie gratuite.
Une chose est sûre, vous n’en sortirez pas indemne.
Eléonore Guerra