Galia est une jeune femme fraîche et décalée qui travaille dans une petite usine de province en Russie et ne compte sûrement pas y rester. Persuadée de ne pas être plus moche qu’une autre, elle n’aspire qu’à une chose : faire la couverture des magazines de mode.
Elle laisse donc ses drôles de parents alcooliques et son petit ami bourru derrière elle, et part pour Moscou en pensant y avoir toutes ses chances.
Si là vous pensiez être tombé sur une énième comédie tragico-romantique sur l’univers impitoyable de la mode, vous êtes loin du compte. Gloss, malgré le titre et l’affiche, est plutôt une fable sur la Russie d’aujourd’hui et n’a rien du film lisse et inutile. L’œil aiguisé du réalisateur
Andrei Konchalovsky y est pour beaucoup (on lui doit également le controversé
La Maison De Fous en 2002 qui situait les héros dans un asile en pleine guerre de Tchétchénie).
Comme dans tous ses films, une période différente de l’histoire de la Russie sert de toile de fond et Konchalovsky est souvent le premier à la mettre en images, malgré les polémiques. Dans
Gloss, il s’agit en l’occurrence de la société russe contemporaine et de sa débauche face à l’argent.
Sans pourtant être démonstratif, et grâce au splendide personnage de Galia (
Yulia Visotskaya, également la touchante Janna dans
La Maison De Fous, et femme du réalisateur à la ville), il parvient à faire passer le message avec humour et dérision, mais aussi avec une grande sensibilité. On suit l’héroïne, une femme tout sauf élégante, légèrement à côté de la plaque, le chewing-gum constamment à la bouche, mais qui parvient à avancer au fil des rencontres avec une étonnante détermination.
Voilà enfin une comédie intelligente, rafraîchissante par le ton, lourde par le sens, qui évite le piège trop évident d’un « diable s’habille en Bolche & Gabanna ». Un film suffit-il à dire que le cinéma russe renaît ? On l’espère.
Joséphine Avril