Déjà cinquante ans que le gros lézard nippon prenait d'assaut toute l'Asie et
fightait des grosses bestioles pour le plus grand plaisir des amateurs de films de série B, Z et toutes les autres. Après vingt-huit films et un petit détour par l'Amérique avec l'épisode Roland Emmerich, le lézard atomique nous fait aujourd'hui sa crise de la cinquantaine, et, au lieu de fêter son anniversaire avec la Terre entière, décide de couper le gâteau en petit comité. Car ce Godzilla Final Wars, loin se mettre au goût du jour et de dégommer des centaines de monstres à grands coups d'effets spéciaux, se parfait dans ses explosions aux feux d'artifices et ses créatures en carton pâte.
Véritable clin d'œil pour tous les fans qui suivent les aventures du monstre depuis ses premiers jets de flamme, le film de
Ryuhei Kitamura fait un bon de cinquante ans en arrière, et nous fait revivre les grandes heures de la grosse bébête, balançant sur sa route une myriade de méchantes pâtes à modeler animées aux dents aiguisées, de la mite géante au lion chinois en passant par l'araignée poilue, tous automates, en peluches ou bouts de carton… Si le début peut faire sourire (le générique reprend l'ancien logo de la Toho et de nombreuses images des films
starring Godzilla) et provoque un remous considérable dans nos souvenirs d'amateurs de série z, le temps finit par paraître bien long.
Ryuhei Kitamura a donc fait dans l'archi-classique, le super kitsch voire le presque désuet. Tout y est : les accords de guitares électriques qui explosent les oreilles, le héros au grand coeur qui se la joue Néo dans
Matrix et arrête les balles et les sabres laser, le rire sardonique du méchant très grand méchant, les filles courts vêtus et potiches avant tout, le sacrifice du meilleur ami, l'explosion du bouclier à la
Independance Day de la soucoupe volante en papier d'alu, le bébé Godzi qui gigote comme un Télétubbies, l'Amérloque baraqué et qui fonce dans le tas
"to kick x-men's ass", qui parle
in english avec la voix de Terminator, en marcel blanc et dent de requin de la taille d'un bras de bébé autour du cou, les décors bizarrement tous semblables et les costumes en latex et bande velcro…
Au-delà de l'aspect kitschissime et des personnages archi stéréotypés, on retiendra les cascades en moto, les combats dignes d'un match de catch et les courses-poursuites à la verticale sur les murs. Au bout d'une heure trente, totalement déconnecté, on ne sait plus si l'on regarde
Godzilla,
Independance Day ou
Bioman. Sans compter qu'hormis la scène d'ouverture, il faut tout de même plus d'une heure pour voir ressusciter d'entre les glaces le gros lézard au cure-dents plantés dans le dos...
Sans rien de bien nouveau, d'explosif ou d'atomique, Godzilla Final Wars est exclusivement réservé aux amateurs de ce Casimir version punk et de l'humour dixième degré. De quoi sonner la retraite d'un monstre au passé plutôt héroïque. Mais est-ce véritablement la dernière guerre pour Godzilla ? Rien n'est moins sûr…
Aurélie Maulard