On avait laissé Harry plutôt mal-en-point : seul, brisé par la mort de Cédric et par le retour du redoutable Voldemort et de ses Mangemorts. Ça ne pouvait pas être pire pour l’apprenti sorcier, pas vrai ? Pas vrai ? Ah ben si en fait… Le Seigneur des Ténèbres est de retour, Poudlard est en péril, le monde des sorciers est menacé et Harry est au bord de la crise de nerfs. Bref, tout fout le camp.
Mais ça, bien entendu, les lecteurs de la saga magique le savent déjà. Oui, ça, les initiés le savent, le redoutent… et l’attendent. Les autres - s’ils ont vu les premiers opus – le soupçonnent également, curieux.
Oui, lorsqu’on pénètre dans la salle obscure, le même murmure d’impatience est sur toutes les lèvres ; les regards se croisent et partagent la même douce appréhension. Avouons-le, lecteurs ou non, on est tous un peu mordus de cette bande d’ados trompe-la-mort. Alors quand les lumières de la salle s’éteignent, on n’a qu’une envie : passer de l’autre côté du miroir – à l’instar d’Alice – et se retrouver plongés dans de fantastiques aventures.
Avec son sorcier à lunettes,
J.k. Rowling a révolutionné la littérature enfantine en s’adressant (enfin) aux petiots comme à des êtres doués d’un cerveau en état de marche : intrigues à foison, multiplicité des personnages secondaires, absence de manichéisme ras des pâquerettes, complexité des psychologies, etc. Harry en librairie avait déjà tout d’un grand. Oui, c’est sûr, Potter a dépoussiéré les
Martine et autres
Club des Cinq.
Avec un tel matériau et un peu d’audace (confier le troisième opus à
Alfonso Cuaron !), les déclinaisons ciné ont rarement eu à rougir de leur qualité – on oubliera juste les deux premiers volets.
Harry Potter et l’Ordre du Phénix ne déroge pas à cette règle (et cette pression) d’excellence. La barre monte encore d’un cran, et on se demande – sourire aux lèvres – où cela s’arrêtera…
Bien sûr, les puristes regretteront l’absence de nombreux éléments du livre ou la mise au second plan de personnages cruciaux tels que les Aurores. Malheureusement, un film « fidèle » aux 1035 pages de Rowling aurait duré plus de 6 heures. Et puis, paradoxalement, on ne peut que se réjouir d’
une intrigue resserrée, recentrée, mâture et maîtrisée (les passages les plus « faibles » étant également les plus « légers »).
Toujours plus sombre, toujours mâture, Harry Potter 5ème du nom nous offre en plus l’occasion de voir s’affronter une très belle brochette d’acteurs, confirmés (Ah
Ralph Fiennes…) ou pas. Préparez-vous, le sieur
Daniel Radcliffe ne devrait pas tarder à exploser…
Visuellement, enfin, on frôle la jubilation. Effets visuels « magiques » léchés (
Spider-man peut aller se rhabiller), personnages décalés (Oncle Vernon et Tante Petunia ont pris un sérieux coup de fouet) et
partis pris de mise en scène réjouissants, les tableaux se suivent et nous emportent toujours plus loin. A ce titre, les scènes d’Ouverture et de Rébellion au Ministère de la Magie sont à ne rater sous aucun prétexte.
Harry a grandi. Pour le meilleur… et pour le meilleur.
Vivement la suite.
Eléonore Guerra