HELLBOY : Notre rencontre avec Guillermo Del Toro et Ron Perlman !

HELLBOY : Notre rencontre avec Guillermo Del Toro et Ron Perlman !
A l’occasion de la sortie en salle de HELLBOY, nous avons rencontré Guillermo Del Toro et Ron Perlman, respectivement réalisateur et incarnation à l’écran de la créature des enfers...(10/08/04)

Résumé du film HELLBOY : Notre rencontre avec Guillermo Del Toro et Ron Perlman !

A l’occasion de la sortie en salle de Hellboy, nous avons rencontré Guillermo Del Toro et Ron Perlman, respectivement réalisateur et incarnation à l’écran de la créature des enfers.
Le front bas, le regard profond et la voix roque, Hellboy en personne s’est donc prêté au jeu des questions/réponses. Pendant ce temps, Guillermo Del Toro, épicurien devant l’éternel, se dévoilait corps et âmes, faisant preuve une nouvelle fois de toute la générosité et la disponibilité qui le caractérisent…

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ENTRETIEN AVEC Ron Perlman

Impressions à chaud

Ron Perlman, vous occupez le haut de l’affiche pour la première fois de votre carrière, comment vous sentez-vous ?
R.P. : Bien !
N’est-il pas cependant frustrant d’endosser le statut de star tout en étant méconnaissable ?
R.P. : Aucunement, c’est un honneur de jouer ce personnage, un cadeau qui m’est délivré par mon ami et mentor Guillermo Del Toro.
Il s’est battu avec vigueur durant six ans et demi pour convaincre les investisseurs qu’ils pouvaient prendre le risque de me placer en tête d’affiche. C’est une manière de faire inhabituelle pour un projet d’une telle importance.
Votre précédente collaboration avec Guillermo sur Blade 2 a-t-elle pesé dans la balance ?
R.P. : Avec Blade 2, Guillermo se révéla en tant que nouvelle valeur sûre du film d’action. Il a démontré qu’il était capable d’intégrer une franchise et de la bonifier. A Hollywood, l’enthousiasme, la ferveur autours de lui, était tels qu’il put mettre sur pied ce projet anti-conventionnel. Et plus que pour moi donc, ce fut avant tout une aubaine pour Guillermo.

"Hellboy et moi"

A l’instar de Hellboy, êtes-vous un dur au grand cœur ?
R.P. : Oh oui, je suis vraiment un gros dur… Tout au long de cette interview, ma double personnalité devrait d’ailleurs ressortir.
Non, je ne peux me comparer à être aussi majestueux que Hellboy. Nous partageons certains traits de caractère. Nous fumons le cigare, mangeons de la nourriture déconseillée pour nos artères, buvons de la bière, et avons tous deux un sens de l’humour cinglant et cynique. Nos moyens de distractions se ressemblent énormément. Il existe donc des similitudes entre la façon dont Hellboy conçoit la vie au quotidien et la mienne.
La coiffure de Hellboy lui confère un aspect de samouraï, pensez-vous qu’il incarne l’image du samouraï des temps modernes, sans katana certes, mais avec une pétoire démentielle ?
R.P. : La queue-de-cheval affublant Hellboy est un hommage rendu par Guillermo à Kurosawa, et plus spécifiquement à Toshiro Mifune jouant dans Les Sept SamouraÏs ou encore Sanjuro.
Cependant, quelle que soit l’interprétation que l’on puisse faire du style capillaire, c’est avant tout un guerrier. Aucun doute n’est permis à ce propos. Un esprit martial l’anime et le guide au quotidien.
Quelle est, selon vous, l’obstacle le plus imposant que Hellboy ait eu a franchir au cours de sa mission :
1- Le combat l’opposant à Samael.
2- Sa déclaration à Liz.
3- La cohabitation avec l’agent Myers.

R.P. : Incontestablement la relation entretenue avec Liz. C’est le terrain sur lequel Hellboy est le moins sûr de lui. Il est toujours très confiant. Mais lorsqu’il s’agit de communiquer avec une fille, il se liquéfie et retombe à une époque de la vie que l’on aimerait oublier, un âge ingrat. Il se tétanise alors, terrifié, pétrifié sur place…

Sa carrière

Au regard de votre carrière faite de collaborations avec Annaud, Jeunet et Del Toro, peut-on dire que vous êtes l’acteur de trois réalisateurs ?

R.P. : J’ai eu beaucoup de chance de tourner à diverses reprises avec ces trois metteurs en scènes. Le travail réalisé avec eux se révèle être le plus abouti, et celui pour lequel j’ai ressenti le plus de plaisir. Jean Jacques Annaud, Jean-pierre Jeunet et Guillermo Del Toro me voient et m’emploient d’une manière très personnelle, avisée et stimulante. Ils sont éclairés. Entre leurs mains je peux alors exploiter des parties de ma personnalité inexplorées… Je leur en suis très reconnaissant.

Et pour la suite

Parlez-nous d’un éventuel HELLBOY 2…

R.P. : Je ne sais pas grand-chose sur la suite des aventures de Hellboy. Nous ne savons pas encore s’il y aura un HELLBOY 2. Mais Mike Mignola et Guiilermo Del Toro sont en train de travailler sur l’histoire. Deux personnes bien plus intelligentes et imaginatives que moi. Je leur laisse donc le soin de penser cette séquelle et attends avec impatience d’en savoir plus sur HELLBOY 2.

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ENTRETIEN AVEC Guillermo Del Toro

Le montage français

Guillermo Del Toro, pourquoi choisir de distribuer une version " Director’s Cut " spécialement en France ?
G.D.T. : En réalité, la version distribuée aux Etats-Unis est une version montée de telle manière qu’elle colle aux exigences de l’exploitation en salle. C’est d’ailleurs le montage disponible sur le DVD américain. Je pensais cependant qu’il existait un film plus approprié, plus personnel, le fameux "Director’s Cut". Il inclus au long-métrage initial plus de 16 minutes additionnelles qui ne figureront pas même dans les suppléments du disque outre-atlantique.
J’ai choisi de distribuer cette fameuse version du film en France et au Japon parce que ce sont deux pays avec une grande tradition bédéphilique, ainsi qu’un goût prononcé pour la Culture Pop. Les Français comme les Nippons apprécient véritablement ces formes narratives sans les appréhender avec mépris. Dans l’Hexagone, par exemple, un adulte peut lire Blueberry, Astérix, etc. et cela ne choque pas, de même qu’au Japon les hommes d’affaires feuillètent un manga. Aux Etats-Unis et dans le reste du monde, le comic-book est perçu de manière différente. Il me semblait donc important qu’en France, un pays avec lequel j’entretiens une relation toute particulière, une version spéciale soit distribuée.

Humanisme et monstruosité

Hellboy est un film humaniste, la présence de John Hurt au casting est-elle fortuite ou le fruit de votre volonté ?
G.D.T. : Hurt est un personnage qui a une certaine autorité dans le film, mais également un grain de folie. John Hurt a incarné ELEPHANT MAN, a joué dans ALIEN. C’est un homme avec une grande dualité, une prestance de grand acteur de théâtre anglais mais également une allure qui le rapproche d’un Albert Einstein tout ébouriffé. Et quel meilleur père pour Hellboy qu’Elephant Man en personne !

Des films toujours très autobiographiques

Vous avez changé la date de naissance de Hellboy afin qu’elle corresponde à la votre, le 9 octobre (contre le 23 décembre dans le comic), pourquoi une telle identification avec le personnage ?
G.D.T. : Quand j’ai commencé à écrire l’histoire, un douloureux événement personnel me touchait. J’ai dû quitter le Mexique, mes racines, et suis parti vivre au Texas. Je désirais parler de ce que signifie être fils, père, époux, amant ou amoureux. Les nombreuses scènes confrontant Hellboy et Liz citent directement des instants que ma femme et moi avons vécu, il y a 21 ans, lorsque je la courtisais.
Le film énonce de plus certains fondements en lesquels je crois réellement : l’amour que l’on porte aux gens pour leurs vertus mais surtout pour leurs défauts.
Un certain côté obscur se cache également dans ma tête, dans mon imaginaire, mais la manière dont je l’utilise se rapproche de celle de Hellboy.
C’est un personnage qui n’est pas réellement surdoué mais un type au grand cœur. Un gars énorme avec un grand cœur.
L’eau, les sous-terrains lugubres, les scènes d’autopsie reviennent constamment dans vos films, comment l’expliquez vous ?
G.D.T. : En 1992, lorsque j’ai montré Cronos à James Cameron, il m’a dit : "ne t’avise plus de mettre de scène d’autopsie dans tes films, elle sont si sordides", et à chaque fois qu’il voit un de mes films il dit : "encore une autre autopsie !". Ce sont des éléments qui m’attirent. Au niveau biographique, j’ai travaillé en tant que volontaire à l’hôpital civil de Guadalajara, situé à côté de la morgue. En sortant du travail, je passais par la morgue et voyais les autopsies, fœtus gisant parterre. Ce sont des images terribles, et je les ai gardées gravées dans ma tête.
Quant aux sous-terrains, je les ai explorés durant mon enfance. Nous partions avec un groupe d’ami, lanternes à la main, et nous arpentions Guadalajara de bout en bout en passant par les égouts.
L’eau, les fœtus, tout ce qui a trait à la religion, les relations père-fils, sont, enfin, des choses qui reviennent de manière inconsciente, sans aucun a priori.
Tous vos films comptent un héros orphelin, comment l’expliquez-vous ?
G.D.T. : Je n’y avais jamais fait attention…
Vous n’hésitez d’ailleurs pas à faire mourir des enfants dans vos réalisations. Des enfants qui ne naissent d’ailleurs pas non plus dans des conditions très hospitalières…
G.D.T. : Une des raisons pour lesquelles je n’ai pas accepté de faire Harry Potter Et Le Prisonnier D’azkaban c’est que j’ai une vision de l’enfance bien trop obscure. La mienne ne m’a pas laissé de bons souvenirs. Il me serait très difficile de réaliser un long-métrage optimiste ou féerique sur l’enfance. Il s’agit d’une période avec des moments de magie certes, mais également pénibles et traumatisants.
Quant à l’incarnation du patriarche ?
G.D.T. : J’ai grandi auprès de ma grand-mère. Et ce personnage, ce " vieux sage " incarne tout simplement ma grand-mère. Cette amitié entre l’enfant et l’ancien me vient de là.
Bien que dans mes films ce soient des hommes qui occupent cette place, mes courts-métrages mettaient en scènes des vieilles dames.

En bon fan qui se respecte…

Qu’avez-vous fait du flingue de Hellboy ?
G.D.T. : Je l’ai gardé. J’ai la main de Hellboy, son ceinturon, sa statue. C’est un film qui, à l’instar L’échine Du Diable, m’a procuré le plus de plaisir à l’écriture comme à la réalisation. J’ai donc conservé beaucoup de souvenirs.
Vous vous êtes fait de beaux cadeaux…
G.D.T. : Je les ai achetés à la productrice.

Et pour la suite…

Que pouvez-vous nous dévoiler de Hellboy 2 ?
G.D.T. : Mignola et moi avons écrit l’histoire mais pas le scénario. Nous l’avons déjà soumise au studio qui était ravi. Le second volet sera tout aussi divertissant et chargé en rebondissements que le premier, si ce n’est plus. Nous sommes tous deux d’accord pour dire que nous préférons le deuxième opus au premier.
La relation entre Hellboy et Liz devrait évoluer…
G.D.T. : Exactement, c’est une des choses qui me plait le plus dans le film. Ce n’est pas l’heureuse fin du premier, et puis noir complet. La vie continue. Tous les hommes savent d’ailleurs que la première année de vie commune est toujours difficile.

Prolifique, vous avez dit prolifique…

Trois autres projets vous attendent, non ?
G.D.T. : Je travaille actuellement sur El Laberinto De Pan. Le film traite justement d’une jeune orpheline espagnole.
J’ai présenté In The Mountains Of Madness à Spielberg qui l’a aimé au même titre que HELLBOY. Il est donc probable que l’on le mette sur pied rapidement.
Quant à LEFT HAND OF DARKNESS, je ne sais pas quand est-ce qu’il se fera, mais j’aimerais beaucoup travailler avec Vincent Cassel qui incarnerait Monte Christo… Brad Pitt et Benicio Del Toro sont également sur les rangs pour ce rôle.
Vous n’avez d’ailleurs aucun lien de parenté avec ce dernier…
G.D.T. : Non, il est portoricain et moi mexicain.
Mais beaucoup de personnes vous confondent…
G.D.T. : Nous avons en effet le même nom. Quand je me promène dans la rue certaines personnes m’appellent " Benicio ! " et je leur répond " Hola ! " avec un grand signe...

Propos recueillis par Grégory Delavallée - Paris, Août 2004

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