Home Sweet Home est un petit film bien ambitieux. Une jeune femme, Claire, va se reposer chez son père, Albert. La mère de Claire, Suzanne, est morte, et son père vit depuis trente ans avec Gédéon. Il se trouve que c’est Gédéon qui a présenté Suzanne à Albert, qui se sont mariés et ont donc eu une petite fille. Mais avant ce mariage, Gédéon et Suzanne étaient ensemble. Une chronique familiale, dont l’identité risque d’être remise en cause.
Le secret de famille est un lieu commun du cinéma. On en a eu l’exemple récemment avec
Un Conte De Noël d’Arnaud Desplechin.
Home sweet home semble s’aventurer sur le même terrain, mais avec une vocation comique.
On apprend alors qu’un homme du village faisait chanter Gédéon, se doutant que, dans cette famille, il y avait quelque chose de bizarre. Le maître chanteur est retrouvé mort, mais un autre individu décide de reprendre le flambeau, en accusant en plus Gédéon d’être le meurtrier ! Débarque alors un inspecteur de la crim’ chargé de résoudre l’enquête. Film policier alors ?
Mais le policier en question est, quant à lui, très intéressé par Claire (la fille d’on ne sait trop qui), mais, manque de bol, s’il est très bon flic, il est par contre un dragueur minable. Comédie romantique ?
Problème : comment réaliser un film policier assorti d’une comédie romantique assortie d’une chronique familiale ? L’exercice est complexe et périlleux. Malgré toute sa bonne volonté, il manque encore un peu d’expérience à
Didier Le Pêcheur pour se lancer dans un film aussi riche. Et paradoxalement assez pauvre.
À vouloir aborder tous les genres, le réalisateur se retrouve vite dépassé par son sujet, et ne fait qu’esquisser chacune des différentes histoires. Il essaye malgré tout de différencier les thèmes, mais, soit il n’y arrive pas, soit il le fait avec des moyens qui manquent de subtilité. Venant de l’univers du clip, il se permet des mouvements de caméra « audacieux » (que l’on verrait plutôt dans un
Matrix ou dans un
Wanted). Mais il n’y a ici ni musique ni action pure pour rythmer l’histoire, et ces mouvements ne font qu’encombrer et alourdir un film qui a déjà du mal à se lancer et à se définir.
Les acteurs se retrouvent alors perdus dans un scénario qui ne leur indique pas clairement dans quel genre se situer.
Judith Godrèche manque vraiment de conviction. Le couple
Daniel Prévost -
Patrick Chesnais fonctionne plutôt bien, mais passe trop peu de temps ensemble pour que l’on arrive à se faire une idée de leur relation exacte (vrais amis, ou amis-ennemis ou vieux couple ?).
Alexandre Astier (
Kaamelott) a la dure tâche de passer en une seconde du rôle de flic sérieux à celui de dragueur pathétique et n’y arrive pas toujours. Ses répliques tombent parfois à l’eau ou nous font simplement sourire, à défaut de rire.
Reste cependant d’excellents seconds rôles, tous clairement définis dans le registre de la comédie. Qu’il s’agisse de Raphaël Langlet dans le rôle d’un flic passablement idiot, mais qui l’ignore, causant malgré lui certaines catastrophes, ou de
Gabriele Valensi en employée de banque sans grande intelligence, mais qui l’ignore aussi. Ces seconds rôles, bien exploités, permettent au film de reprendre du souffle et de faire franchement rire. On signalera aussi la scène (alcoolisée) entre Patrick Chesnay et
Lorant Deutsch, purement comique aussi, et terriblement efficace.
Dommage que ce film, qui reste sympathique, n’ait pas choisi le registre de la comédie du début à la fin. Il avait pourtant de bonnes bases.
Anne-Louise Echevin