Depuis le temps qu'on nous parlait du nouveau film d'
Eli Roth, que Tarantino, Miike et les autres criaient à l'extase, que les images assassines des bandes-annonces inondaient les écrans, et qu'enfin, le film ensanglantait le box-office US… Depuis le temps que cet
Hostel nous faisait attendre avant d'ouvrir ses portes… Enfin, ça y'est, le séjour est programmé. C'est donc avec l'esprit avide de chair fraîche et l'estomac bien accroché, l'œil curieux, la tension au maximum et un énorme besoin de renouveau que l'on s'installe dans une chambre de cet Hostel romantique et plein de promesses.

Le film commence - et là, patatra. La scène d'ouverture est banale - juste quelques bouts de chair recouvrant un sol douteux nettoyé au jet d'eau - là où l'on voulait déjà sentir notre cœur s'emballer. Une séquence qui finalement donne le ton du film : on s'attendait à une révolution, un feu d'artifice de chair déchiquetée, broyée, découpée, des giclées de sang toutes les secondes et, surtout, surtout, le trouillomètre au maximum… On se retrouve avec un pétard mouillé, tranché au couteau en deux parties bien distinctes : d'abord, à nous les petites slovaques… ensuite, un détour vers le rayon boucherie-charcuterie pour les trois derniers quarts d'heures. C'est sans doute le plus grand reproche que l'on peut adresser à
Eli Roth : ne pas avoir fait grimper l'adrénaline petit à petit, fait monter la peur, inonder peu à peu l'écran de rouge dégoulinant. Le choc entre les deux parties est abrupte, oui - mais ne fait pas peur pour autant.
Soyons sérieux :
Hostel n'est pas mauvais en soi… il est même plutôt réussi. C'est simplement que l'on en attendait plus. Plus qu'un étalage de jolies filles nues et offertes, qu'une série de galipettes alcoolisées, plus que des séquences de drague en boite de nuit, plus que trois gamins avides d'expériences en tout genre, plus qu'une série de clichés du film d'horreur grossièrement étalée devant un spectateur d'abord étonné puis agacé -
Hostel ne commence vraiment qu'au bout d'une heure de filles toutes nues. Alors, comme pour rattraper le temps perdu,
Eli Roth découpe, déchiquette, crame, tronçonne à tout va, et vous reprendrez bien un p'tit bout de cerveau ma p'tite dame ?
Au final, même si le résultat dégouline de sang et d'atrocités délicieusement malsaines (surtout si l'on garde dans un coin de l'esprit que le film est inspiré de faits réels), même si la mise en scène révèle une nouvelle fois le talent d'un cinéaste à suivre, on ne peut s'empêcher de trouver ça un peu gratuit… et de sortir de cet hôtel un brin déçu. Un séjour en demi-pension dans un emballage quatre étoiles…
Aurélie Maulard