« Should I stay or should I go ? » C’est sur ces paroles, chantées par Eileen Hall, 92 ans, que commence
I feel good, en annonçant la couleur et le ton de cet incroyable documentaire réalisé par le Britannique
Stephen Walker.
Pendant sept semaines, le réalisateur suit le quotidien d’une chorale un peu spéciale, baptisée Young at Heart. Ses membres, dont la moyenne d’âge tourne autour des 80 ans, chantent un répertoire allant de James Brown à Coldplay et Radiohead, en passant par The Clash (ou selon, Eileen, un peu perdue, « The Crash »). Walker filme leurs répétitions à Northampton, dans le Massachusetts, en vue du premier spectacle avant leur nouvelle tournée. Et, pour ce qui s’annonce à priori comme une revisite agréable et sans nuages de la musique contemporaine,
le spectateur se retrouve embarqué dans une aventure sensationnelle entre rires et larmes.
La force du film de Stephen Walkers est liée avant tout à la proximité entre sa caméra et ses protagonistes. Ces derniers, visiblement ravis de pouvoir raconter leur histoire, se prêtent allégrement au jeu, et livrent
des portraits humains et saisissant avec une ouverture d’esprit hors du commun. Pour ces amateurs de musique classique et d’opéras, cette chorale permet d’étendre leurs horizons afin de ne pas se sentir trop dépassés par les temps qui courent. Leurs visages à la première écoute de
« Schizophrenia » de Sonic Youth révèlent ces décalages, mais, au lieu de rejeter la chanson, ils vont apprendre à la dompter sous l’impulsion de leur chef de cœur, Bob Cilman, pour en offrir une nouvelle version pleine de charme et d’angoisse.
L’autre particularité de Young at Heart, c’est l’épée de Damoclès qui se profile constamment au-dessus de la chorale. Jeunes de cœur et d’esprit, certes, mais vieux de corps, les membres de cette chorale doivent constamment affronter l’idée que demain, ils ne pourront peut-être plus monter sur scène pour chanter avec leurs camarades. Et, c’est à travers cette note tragique que le film émeut. Lorsque la chorale chante
« Forever Young » dans une prison le jour où un des siens succombe à la maladie, le réalisateur nous livre une scène terriblement poignante, sans jamais tomber dans le pathos insensé.
« Should I stay or should I go ? » La réponse est évidente et inutile, il faut rester jusqu’au dernier souffle, car chanter en soit est une raison de vivre.
Nicolas Ferminet