Voilà un dessin animé totalement opposé à ceux que Walt Disney peut nous proposer ! Dans le monde de
Bill Plympton, tout est noir, les personnages se battent pour savoir qui sera le plus odieux, le plus méchant, le plus cupide.
C’est le cas du héros, un homme agressif et sadique, dont la seule activité consiste à traîner dans un bar, à boire et à reluquer (voir plus) la femme du patron. Mais voilà,
Bill Plympton nous l’a montré dans ses autres films, une telle attitude mérite châtiment ! Ici, la punition prend la forme d’une paire d’ailes blanches qui poussent dans le dos de notre antihéros.
Ce n’est bien sur pas du goût de ce dernier, qui va tout tenter pour les enlever, croisant pour cela certaines personnes peu recommandables qui voient dans ces ailes la possibilité de gagner beaucoup de dollars. Il va aussi tenter de les maîtriser et de les utiliser pour accomplir des choses peu charitables. Mais ces ailes ont une volonté propre, qui est de faire le bien, contre le gré de celui qui les porte. On s’en doute, c’est difficile à accepter pour notre homme.
L’intelligence du film, et sa force, c’est d’être totalement muet. Les dessins et la musique suffisent à donner vie à cette « fable » moderne. Le trait de
Bill Plympton est dense. Pas de lignes bien définies, fixes. Le dessinateur a crayonné, et a laissé toutes les marques de son fusain, donnant ainsi un mouvement intrinsèque aux illustrations, loin de la froide précision d’un dessin abouti et peint de manière précise. Cette impression de mouvement est renforcée par la « rondeur » qui caractérisent les dessins : pas de lignes droites sévères, qui ne feraient qu’appuyer la noirceur, déjà étouffante, de l’ensemble. Car ne cherchez pas de couleur dans le film. Tout est sombre. Même les couleurs d’ordinaires vives (jaune, vert, bleu) semblent avoir ici perdues leur essence, grâce à des tons pastels assez ternes.
L’alliance entre le dessin et ce qu’il représente fait parfaitement ressortir la noirceur de ce monde. Car il y a peu d’espoir dans l’univers de
Des idiots et des anges. Là où le mal règne en maître, même le bien semble ne pas être de taille à lutter. Un malaise réel envahit le spectateur. Car il y a quelque chose de malsain, d’obscène, dans ce que nous décrit le réalisateur. Un désespoir constant : les rares choses positives et belles de ce monde sont saccagées, détruites, anéanties. Amateurs d’humour noir, vous allez vous régaler !
Mais
au final, le message est positif : même dans la personne la plus immonde, la volonté de s’améliorer et de s’élever, car c’est ce que les ailes symbolisent, est présente.
Bill Plympton nous montre juste que, pour atteindre cet objectif, il faut se battre : contre les autres, et surtout contre soi-même. C’est ce que va devoir faire le héros. Et le seul moyen d’y arriver, c’est de tuer le mal qui règne en soit, pour mieux renaître sous sa nouvelle forme. Ca fait mal, mais ça semble valoir le coup. La lumière est toujours plus belle après une longue période d’obscurité.
Anne-Louise Echevin