Le culte du Purgatoire à Naples incarne une pensée de l'existence où la mort fait partie de la vie, où l'autre, l'inconnu, le disparu, rêvé, devient partie prenante du quotidien du dévot, dans une relation de réciprocité. C'est une stratégie qui lutte contre l'oubli, l'abandon. Souvent on me demandait si je croyais au Purgatoire. Le Purgatoire est, du moins dans culte, une représentation de l'existence comme précarité. Naples - le monde - est un purgatoire, habité d'appels qui n'ont pas de réponse, des personnes qui disparaissent dans l'oubli, de passagers qui errent sans répit. L'âme du purgatoire est un habitant de ce monde. L'Autre, l'inconnu, sans nom. C'est "l'un des autres". Je suis aussi voué à la disparition, à l'abandon, à la mort. Je fais des projets, de vie et de travail. Sans savoir ce qu'il adviendra de moi.