"J’me sens pas belle, j’ai plein de cellulite, j’ai du bide, j’ai des petits seins, un gros pif et des p’tits yeux…" Comme l’immense majorité des femmes, Fanny complexe, Fanny a peur, Fanny déteste son corps. Comme l’immense majorité des femmes, Fanny a horreur de croiser cette chose affreuse que l’on appelle miroir. La trentaine bien passée, un job sans ambition, une vie sans surprise et un cœur remplit d’amour qu’elle refuse de verser, voilà en quoi se résume le quotidien de cette fille toujours perdue mais aux cheveux propres cette fois.
Nouvelle comédie romantique (dramatique ?) sur les rapports homme/femme, J'ME SENS PAS BELLE surfe sur la vague d'ALLY MC BEAL, SPIN CITY et autres BRIDGET JONES. Plus perdue et pessimiste que ces aînées, la belle désespère la venue de ce satané prince charmant. Ici, pas de journal intime mais des chansons qui parlent d'amour et de célibat, écrites du bout des lèvres pour exorciser la peur. Peur de la vie, de la mort, de la solitude et finalement, de l'amour. Véritable sujet d'actualité, le phénomène est ici traité de manière touchante, sans effets ni fantaisie. Juste la réalité pleine de poésie de ces deux tourtereaux faits l'un pour l'autre mais plus effrayés encore que deux jeunes collégiens amoureux. Car en véritable conte de fées des temps modernes, J'ME SENS PAS BELLE touche un point sensible : Fanny se pose ces fameuses questions existentialo-romantiques des femmes d'aujourd'hui : comment trouver l’âme sœur, une relation durable qui soit aussi le grand amour ? Quiconque a eu des expériences amoureuses désastreuses, a un tant soit peu peur de la vie et ce qu'elle nous réserve, peut se reconnaître en cette trentenaire dépassée par la vie. Débordante d'émotion, touchante de simplicité et de vérité, la belle
Marina Foïs confirme ici un talent d'actrice déjà dévoilé dans BIENVENUE AU GITE et FILLES PERDUES CHEVEUX GRAS, et exorcise à tout jamais la bêtise rigolote des Robins des Bois.
Bernard Jeanjean signe un donc un premier film touchant à défaut d'être novateur, mais qui se détache du lot grâce à des choix judicieux de mise en scène : l'unité de lieu (un appartement), de temps (une soirée), de personnages (Fanny et Paul) ralentit l'action, mais apporte une dimension théâtrale intéressante. Comme si une pièce en trois actes, mieux, un véritable morceau de vie se déroulait devant nos yeux ébahis. La mise en scène, simple et épurée, révèle un véritable travail sur l'esthétisme des décors, avec ces couleurs très chaudes et ces petits détails qui dévoilent peu à peu la personnalité de la jeune femme. Au final, un joli film sans prétention mais agréable et frais. Histoire de croire encore un peu que l'Amour est à notre portée, et qu'un jour, notre prince viendra...
Aurélie Maulard