"Adapter un maître du roman noir, c'est pénétrer dans sa cuisine. C'est vraiment agréable de se mettre aux fourneaux à côté d'un grand chef !" Après cinq longues années de silence,
Thomas Vincent, le réalisateur du très social et très prometteur
Karnaval, fait un virage à 160 degrés et s'attaque au style
"jouissif" de
Donald E. Westlake. D'autres avant lui s'étaient attelés à la tâche, comme Jean-Luc Godard avec
Made In Usa ou Michel Deville avec
La Divine Surprise ; d'autres le feront encore puisque l'on parle de l'adaptation du Couperet par Costa-Gavras.
Passionné par l'univers de l'auteur, imprégné des leçons d'Alfred Hitchcock,
Thomas Vincent signe avec
Je suis un assassin une œuvre dérangée plus que dérangeante, entre thriller psychologique, humour noir et franche terreur. Surfant sur la vague de
Harry Un Ami Qui Vous Veut Du Bien ou autre
Qui A Tué Bambi ?, magnifié par des acteurs au meilleur de leur forme, le film s'immisce entre fantasme et réalité dans ce mal-être du citoyen ordinaire, tenaillé entre la vie qu'il mène et celle qu'il voudrait mener, quitte à passer par la case "meurtre et sang" si le rêve est à la clé. On songe à
Barton Fink, et à son avatar Dupontelien
Le Créateur, où des héros en pleine crise de la page blanche se frottent à une folie meurtrière où les livres ont pris le pas sur la réalité. Car lorsque Brice Kantor émet cette "inopportune" idée de meurtre, il a déjà quitté le large, et Ben comprendra plus tard, pas forcément malgré lui, qu'il n'est pas dans un mauvais polar, mais bel et bien dans la vraie vie.
Après une heure passionnante entre délire psychologique et drame intimiste, Je suis un assassin lève enfin le voile sur les parts d'ombre de ces personnages. Lorsque Ben se révèle tel qu'il est réellement, lorsque Suzy prouve son besoin de violence, et Brice le regret de sa requête, la terreur est à son maximum. Dommage que quelques détails douteux viennent alors mettre à mal la plausibilité de l'histoire. Mais la fin en apothéose cloue le bec à tous les spectateurs croyant en tant soit peu à la morale…
Avec ces garces dignes de la grande époque, sa réflexion sur le monde et les rapports humains, les actes et leurs conséquences, son humour noir corsé et son amoralité inhérente, le film de
Thomas Vincent est bien plus qu'un simple thriller psychologique. Comme il le dit lui-même,
"n'essayez pas de faire la même chose à la maison"…
Aurélie Maulard