C’est subtilement engourdis que l’on ressort de
Jindabyne, Australie, comme encore sous le poids d’un océan de mal-être. Le nouveau film de
Ray Lawrence (son troisième en 20 ans !) marque par une douce aridité assez déconcertante. Si les paysages sont magnifiques (et magnifiés) et les acteurs bluffants de retenue, le tout est mis à nu par une crudité de l’image (filmée en lumière naturelle) et écrasé par une atmosphère de soupçon étouffante.
Silencieux, oppressés, les personnages semblent lutter pour survivre humainement dans un univers de non-dits et où le «
Qu’en dira-t-on ? » peut-être fatal. Qu’ils hurlent (comme Claire) ou qu’ils s’enfoncent dans un mutisme effrayé (comme Stewart), tous sont tiraillés par ces questions que l'on connait si bien et tous se débattent pour exister, là, au milieu de nulle part, au milieu de personne.
A quel moment tout a dérapé ? Cette simple et pourtant glaçante interrogation semble incarner le film. Après tout, qu’y a t-il de si grave ? Ok, cette fille est morte, mais après tout, elle n’est plus à deux jours près. Oui, ma femme est au bord de la rupture, mais il faut bien avouer qu’elle a toujours été à cran. C’est vrai, la petite fille de la voisine est un peu dérangée, mais elle est encore jeune, ça lui passera. Alors quand ? Quand est-ce que tout s’est effondré ? Quand suis-je devenu un paria ?
Ray Lawrence traîne parfois un peu la cadence, il touche néanmoins en plein cœur. Perdues, ces marionnettes luttent avec une maladresse familière pour, si ce n’est être heureux, être un peu moins malheureux. Glaçant.
Eléonore Guerra