Au premier abord le titre peut décontenancer. Seuls les géographes accomplis reconnaîtront dans ce mot bizarre le nom d'un petit pays situé au Nord de la Russie. Un titre qui n'a a priori pas grand-chose à voir avec l'histoire de cette famille d'Argentins, perdue dans un pays tombant dans la dictature, traquée pour ses idées, recherchée pour être emprisonnée pour ses pensées. Pourtant, c'est ce titre qui donne peu à peu toute sa force au film, lorsque le secret est révélé, car toute l'originalité de KAMCHATKA est de parler de ce drame à travers le point de vue d'un enfant. Certes, il verse un peu dans les bons sentiments, mais
Marcelo Pineyro a su trouver le ton juste pour éviter la chute dans l'œuvre lacrymale un peu trop naïve. Car son film est tout simplement fort, poignant, beau. Ce n'est pas la violence, la dictature que l'on voit, mais bien tous les moments forts qu'il faut partager avant qu'il ne soit trop tard, la peur mais surtout la joie de vivre encore et pleinement. Des ellipses, des silences, des non dits qui jalonnent le film, mais qui finalement lui donnent toute sa personnalité. Harry est notre guide dans ce monde hostile qu'il ne comprend pas vraiment, mais qu'il essaye de partager, d'accepter. KAMCHATKA, avant d'être un film engagé est avant tout un travail de mémoire et une leçon d'espoir sans violence, sans haine, sans effusion de sang - seulement les souvenirs d'un enfant devenu adulte sans l'avoir vraiment désiré. Bénéficiant de personnages attachants, de jeunes acteurs très talentueux, et d'une dimension réelle et très réaliste, le film de
Marcelo Pineyro marque profondément, secoue parfois et intéresse souvent. De quoi vouloir découvrir sans attendre le secret de ce fameux KAMCHATKA…
Aurélie Maulard