D’où est venu le désir de Khamsa ? De filmer les jeunes d’un camp de Gitans marseillais ?
L’origine du désir d’un film est toujours mystérieuse, cependant la seule constante qui motive mon élan vers un sujet, c’est la nécessité vitale de faire du cinéma. De films en films, je constate que ce sont toujours les déshérités, les exclus, les minoritaires qui m’attirent. Peut-être que ma double origine m’entraîne naturellement vers le métissage et que ce mélange des cultures, je devrais dire ce choc des cultures, se fait presque exclusivement dans des milieux défavorisés ? Mais la vraie raison est peut-être d’ordre artistique. Personnellement je trouve plus d’intérêt et de force dans la lutte pour la survie des pauvres que dans l’opulence et la décadence des classes dites favorisées. Les zones en friches, les «no man’s lands», les bidonvilles m’inspirent bien plus que les quartiers bourgeois bien rangés et surtout bien gardés. L’injustice sociale est aussi un moteur puissant qui motive ma démarche artistique. Elle est source de conflit, de drame, de tragédie, de mort donc de vie. Témoigner des injustices n’est pas une fin en soi, par contre poser mon regard (ma caméra) sur elles me permet de transformer mon positionnement, ma subjectivité en cinéma.