Résumé du film Kill Bill par Quentin Tarantino !Accompagné de son producteur Laurence Bender, Quentin Tarantino est venu à Paris pour présenter son dernier opus, Kill Bill (volume 1). L’occasion de découvrir une sublime actrice française vivant au Japon, Julie Dreyfus et de parler de western spaghetti, de film de kung fu et de pieds…
"Dans les années 70, je passais mon temps à regarder les films d'exploitations, que ce soit les blaxploitation, les films de kung-fu ou les westerns spaghetti. Le cinéma était alors à son zénith. J'ai découvert tous ces films un peu à posteriori ; ces films ne passaient plus que dans les cinémas de quartier dans les banlieues noires de L.A. Cette communauté à continuer à les regarder, à les connaître par cœuret leur vouer un cultes. J’ai grandit dans ces quartiers. Pour moi, réaliser Kill Bill était l'occasion de leur rendre ouvertement hommage. J’ai vraiment un point de vue très affectif vis-à-vis de ces films tout comme la Blaxploitation à qui j’ai rendu hommage avec Jackie Brown."
La Vengeance
La première phrase de Kill Bill (volume 1) est : "La vengeance est un plat qui se mange froid". A un autre moment, le personnage interprété par l’ex star asiatique, Sonny Chiba dit que "la vengeance n’est pas une ligne droite". A se demander si Quentin Tarantino a voulu un jour se venger de la même manière ? "Evidemment, il m’arrive d’être souvent furieux, j'ai envie de me venger contre des personnes comme n’importe qui. Mais je ne suis pas du tout prêt à tout, comme ça dans la vie. Récemment, j'étais très en colère contre quelqu'un. Vous savez, je pense que la vengeance appartient aux personnes aigries et blasées. Dans tous les cas c'est celui qui rit en dernier qui gagne. Ici, on parle de cinéma, je suis venu pour parler de mon film. Ce côté furieux très violent est tout à fait propre au genre que j’affectionne et ce n’est pas la vraie vie. Je voulais faire un film sur la vengeance hors il se trouve que les films de kung-fu et les westerns spaghetti ont pour thématique, la vengeance."
"Kill Bill (volume 1) est un vrai film de vengeance. Je travaille dans des genres et c'est tout ce que c'est, du cinéma. Un steak est un steak et un soufflet est un soufflet. Si je parle de vengeance, je vais jusqu'au bout. Je peux vous assurer que trois films sur cinq de la Shaw Brother (célèbre firme chinoise qui produisait des films de kung fu dans les années 70). Pour moi, traiter de la vengeance me permettait d'utiliser toutes les histoires et tous les artifices propres aux genres (…) mais je ne voulais pas le faire comme un charlatan. Et croyez-moi il y en a beaucoup à Hollywood actuellement. Hors de question de laisser Yoe Woon Ping chorégraphier mes combats et le regarder faire. Je lui disais exactement ce que je voulais faire, j’ai procédé exactement de la même manière pour la séquence animée."
Quentin Tarantino ne nie pas non plus l’influence des comics (au départ le personnage de The Bride est basé sur une bande dessinée). "Mon film a le feeling d'un comics surtout au niveau des personnages. Et la référence la plus évidente est celle des gangs propre au comic. C'est de la pop culture."
La Violence
Une vengeance qui se termine dans une apocalypse de sang avec un combat hallucinant de vingt-cinq minutes... "En réalité j'ai fait vingt-cinq minutes de combat avec des styles totalement différents : japonais, chinois, le final dans la neige est mon hommage au film de samouraï, j'ai aussi utilisé l'animation. Cela m’a permis de passer outre la censure car il paraît que le sang en Noir et Blanc ou en animation n’en est pas ! Vous savez Jean Luc Godard a déclaré à la sortie de Pierrot Le Fou : "Il n'y a pas de sang dans mes films mais du rouge". Et vous savez bien que J.L.G a toujours raison.
Cela m’a aussi permis de faire naître une stimulation visuelle. Il y a certes le combat mais il y a toujours quelque chose qui change. Je voulais qu'on passe de la couleur au Noir et Blanc puis aux ombres chinoises pour arriver dans ce jardin enneigé totalement féerique."
"… Mon film n’est pas si violent que ça, finalement puisqu’il ne se déroule pas dans le monde réel. On est vraiment dans un univers où tout est cinéma. Si vous regardez bien dans l’aéroport de Tokyo, tous les passagers ont des sabres de samouraï à la ceinture. Vous pensez vraiment que c’est comme ça là-bas ?"
Les Femmes de ma vie et leur pied
"Pour Jackie Brown et Kill Bill (volume 1), j'ai écrit ces rôles en pensant à deux femmes, deux actrices. Deux femmes que j’aime, je les modèle à la façon et je veux que vous, public, vous les voyiez à travers mes yeux et que vous les aimiez tout autant que moi." Dans Pulp Fiction, Samuel L. Jackson parlait en attendant d’exécuter un contrat du massage de pied, dans Kill Bill (volume 1) une scène très drôle montre Uma Thurman se réveillant après quatre ans de coma essayer de bouger ses doigts de pieds. "Je suis un fétichiste des pieds, ça c’est sûr".
Tout d’un coup, Julie Dreyfus, la jeune actrice qui joue le rôle du garde de corps de Lucy liu, reine du crime à Tokyo, prend la parole en français : "Je tiens à préciser que chaque pied est vraiment le nôtre. On n’a pas eu à utiliser des body double. D’ailleurs, j’ai du resté sur le plateau pendant un mois et demi, rien que pour qu'on fasse un plan de mon pied sur un accélérateur. Chaque fois on me faisait une pédicure et finalement on ne tournait pas la scène. Mais c'est bel et bien mon pied que l'on voit sur l’accélérateur."
Julie Dreyfus : "Les scripts de Quentin Tarantino sont très détaillés, ce sont même de véritables romans. Je ne vous raconte pas celui du personnage de Daryl Hannah ! Et avec le scénario, on a des devoirs, on doit visionner des films précis chez soi. Il donne à chacun des tonnes et des tonnes de K7."
Quentin Tarantino : "Vous avez tout d’abord l’idée, vous la laissez pousser dans votre tête. Puis peu à peu, quoi que vous fassiez, vous y pensez vingt quatre heures sur vingt quatre. Attention à ce moment-là, vous n’êtes pas en phase d’écriture ; vous faites autre chose et vous y pensez tout le temps. Ce n’est qu’arriver au moment où ça vous démange trop que vous pouvez passer à la phase d’écriture. Vous savez, ce n’est pas moi qui écrit ceux sont vraiment mes personnages qui guident mon écriture. Mes scénarios sont vraiment la chose dont je suis le plus fier."
Laurence Bender : "Pour Reservoir Dogs, c’était différent c’était Monty Hellman, un indépendant qui le produisait. Maintenant Quentin est un professionnel, c’est différent. Je me souviens qu’il n’était vraiment pas sûr de lui, il était le plus inexpérimenté sur le plateau. Il n’avait jamais réalisé de film sauf une vidéo très importante, "The Dolph Lungrend exercice"(Rires) "Maintenant, il est très expérimenté.(…) En tout cas, une chose a vraiment changé : sur Reservoir Dogs, Quentin pensait tout le temps qu’on allait le virer. J’ai organisé le tournage de telle manière que les scènes les plus importantes étaient tournées au tout début du film. Comme ça, il pouvait se faire virer après." "Maintenant, il a confiance en lui, il sait qu’il a du talent. Sur Reservoir Dogs, il fallait qu’il fasse ses preuves. Maintenant je crois qu’il les a faites, non ?"
"On n’avait jamais fait ça encore, un film d’action entre la Chine, le Japon, les Etats-Unis, le Mexique. On se demandait où on allait entraîner tout le monde. Je me souviendrais toujours du premier jour avec l’équipe japonaise, chinoise (qui parle le mandarin et le cantonnais), australienne et américaine. Il y avait vraiment un gros problème de traduction. Tout dans ce film était un challenge."
Quentin Tarantino : "Vous savez quand on a fait Reservoir Dogs, le film était programmé, tout story-boardé, image par image, dialogue par dialogue. Sur Kill Bill (volume 1), si l’équipe recevait le plan de travail de la journée, le jour même, ils étaient contents…" (Rires) "Franchement Reservoir Dogs aurait pu être un film français. C’est un film melvillesque. Je l’ai fait à la façon de Melville. Vous savez, j’essaie de sublimer ce que j’ai vu. Pauline Kae, célèbre critique américaine a déclaré à propos de Bande à Part de Jean Luc Godard que des cinglés de français avait transformé le film de gangster grâce à la poésie qu’ils lisent à travers les lignes. Moi, c’est exactement, ce que je veux faire."
Le Piratage
"Vous savez, on bosse vraiment dur pour faire un film. Dans les pays de l'Est, sur Time Square, sur le boulevard Saint Germain, je suis sûr qu'à l’heure actuelle on peut acheter Kill Bill (volume 1) au noir. Je n’ose même pas parler de l’Asie. Mais je pense que c'est juste un geste affectif, c'est un souvenir. Malgré le fait qu’ils possèdent le film, les personnes vont quand même aller le voir dans les salles. Donc de mon point de vue, ça ne change strictement rien."
La Musique
De Reservoir Dogs à Jackie Brown, la musique a une place cruciale dans l’œuvre de Tarantino. Kill Bill (volume 1) ne fait pas exception à la règle. Il se permet même d’utiliser le plus possible de musique extraite des B.O de ces films préférés. "C’est un truc très facile, je ne comprends pas pourquoi, personne n’a eu l’idée de le faire. Si vous avez la bande originale, vous pouvez en avoir très facilement les droits, de la même manière que n’importe quelle chanson d’un groupe. Vous appeler la maison de disque et vous n’avez pas affaire aux maisons de distribution ou d’édition du film. D’un point de vue juridique, la bande son et le film sont deux choses totalement distinctes. Ça m’éclate de faire ça de cette manière. Pour être franc, je voulais que tous les plus grands compositeurs de musique de film bosse sur mon film… même s’ils étaient morts. Et c’est aussi un procédé qu’utilisait la Shaw Brother dans ses films de kung-fu. Ils utilisaient toujours les chansons des autres. Je me souviens en avoir vu un avec un combat sur la musique de Shaft ou sur un score de Bernard Hermann. Donc procéder de cette manière pour moi, c’était aussi se rapprocher de l’essence de ce genre."
Quentin Tarantino a tout de même demandé à RZA, le leader du Wu Tang Clang de lui composer quelques morceaux. "RZA est stupéfiant. Il est fan des films de Kung fu comme moi. Il connaît tous les films de la shaw brother. Mais encore plus surprenant, il est capable de vous parler des musiques de ces films, et même des sons des sabres qui s’entrechoquent voir des cris des combats. Avec RZA, on parlait par transmission de pensée, c’était assez extraordinaire."
Les Projets
Depuis quelques temps, on entend parler de nombreux projets, notamment de Inglorious Bastard, un hommage au film de guerre italien des années 70 avec Michael Madsen, de Pulp Fiction 2, voire même d’un film de commande pour la Shaw Brother. Mais qu’est ce qui est vrai là dedans ? "Pendant mes années d’absence, j’ai écrit deux scénarios. Des histoires, un peu à la Pulp Fiction, où des personnages se croisent. Les deux scénarios sont des films de guerre. Le titre pourra être "Il était une fois la France-occupée-par-les-nazis". (Rires) Ce sera mon film de guerre à moi. En fait, je pense qu’avec Kill Bill (volume 1) et Kill Bill (volume 2), j’ai rattrapé mon retard. Dans tous les cas, je me déciderai qu’après la sortie de Kill Bill (volume 2)."
Propos recueillis par Matthieu Perrin – Paris, Novembre 2003 Les avis sur le film Kill Bill par Quentin Tarantino !
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