A la vue des premiers plans, nous nous sommes crus dans un mauvais téléfilm qui abusait du flou. Emmanuel Droz, un homme, de la trempe du docteur Jekyll, tombe amoureux de la cantatrice Malvina, alias
Amira Casar, grâce à qui le mot playback prend tous son sens. Mais, comme le cœur de la belle palpite pour un autre, le médecin décide de la tuer, de l’emmener sur son île, de la ressusciter et de la maintenir dans un état légumineux.
Une fois acheminés chez le docteur Droz, nous avons compris que nous mettions les pieds dans une galerie surréaliste dont la composition nous évoque celle d’un tableau de Dali ou d’un film de Bunuel.
L’accordeur de tremblements de terre est une succession de scènes quasi figées - qui s’enrayent parfois comme les étranges automates musicaux du docteur - servies tour à tour par des images au grain grossier, de l’animation ou encore du noir et blanc. Les dialogues sont rares et quand les protagonistes se décident enfin à parler, ils ne le font qu’en métaphores. Toutes ces figures de style nous dépassent et nous laissent seuls avec notre incompréhension, plongés dans cette atmosphère oppressante et sinistre appuyée par une palette de couleurs restreinte.
Le film, blindé d’allégories, est une ode à la contemplation. Le spectateur est perdu entre le rêve, le fantasme, et la réalité fictionnelle. A l’instar du protagoniste Felisberto, il assiste, impuissant, à l’entreprise diabolique de Droz qui contrôle la destinée de tous les insulaires. Cependant, leur détresse nous laisse indifférents. Nous ne parvenons effectivement pas à éprouver la moindre compassion pour les victimes en raison de leur totale désincarnation.
Certes
L’accordeur de tremblements de terre une belle démonstration formelle dotée de nombreux plans artistiques, mais à trop vouloir faire un film qui se démarque des autres, esthétisant à outrance, les
Frères Quay ont oublié de lui conférer une âme.
Gwendoline Jamesse