"C'était un homme qui craignait la lumière du jour, qui vivait la nuit…" Telle est la définition que donne Bertrand Tavernier concernant ce cinéaste de génie qu'était
Jean Pierre Melville, celui qui ne sortait pas sans ses inséparables lunettes noires, son trench coat ou sa cape noire, celui qui a su s'imposer en marge du cinéma traditionnel et se faire respecter par les rebelles de la Nouvelle Vague - celui surtout à qui l'on doit nombre de chef d'œuvres désormais classiques du 7e art français. Il dit un jour qu'il lui fallu vingt-cinq ans avant de pouvoir faire ce film, de parler de ce qui lui tenait le plus à cœur, de ce qu'il cachait profondément en lui. Vingt-cinq années à mûrir le projet d'un film tout simplement bouleversant - plus qu'un "film", L'ARMEE DES OMBRES est un œuvre d'art.
Studio Canal Vidéo offre enfin un écrin à cet ouvrage, trente-six ans après sa sortie en salles. Un écrin certes simple, mais plutôt efficace. Seule la présentation des menus, d'une sobriété à pleurer, est réellement décevante. On aurait aimé plus de fantaisie, d'émotion, d'originalité là où cette édition nous offre une image fixe d'un
Lino Ventura moustachu et à lunettes, des formes géométriques de couleurs bien tristes, et des menus sobrement alignés les uns aux dessus des autres. Heureusement, le rendu du film vient bien vite effacer ce petit désarroi. Parfaitement contrastées, les images souffrent parfois d'un léger voile granuleux mais sont globalement bien nettes et très agréables, sans tâches ni points blancs, ce qui est assez rare pour le spécifier pour un film de cette époque ! Dommage qu'elles aient été légèrement rétrécies sur les côtés (comme on peut le voir dans le générique !). La bande sonore est également satisfaisante, même si la musique prend parfois un peu trop d'ampleur sur les dialogues. En bonus, Studio Canal Vidéo nous propose un documentaire tout simplement passionnant sur
Jean-pierre Melville, où nombre d'intervenants comme
Jean-pierre Cassel, Bertrand Tavernier, le directeur de la photo, le compositeur, la monteuse du film et bien d'autres présentent à la fois l'homme et le cinéaste, sans chichi, sans fausses notes, seulement des souvenirs et des regrets parfois. Surtout un bel hommage pour mieux comprendre qui était vraiment ce génie caché derrière ces étranges lunettes noires.
Sobre serait donc l'adjectif le plus approprié à ce DVD - à l'image de son packaging, argenté, léger, très fin, qui ne prendra pas beaucoup de place dans votre DVDthèque - pas beaucoup de place, mais sans aucun doute une place de choix pour un film tout simplement indispensable.
Aurélie Maulard