CommeAuCinema

L'enfant d'en haut

Un film de avec , , , . (France)
Genre : Drame - Duree : 1H37 mn
Distributeur : Diaphana
Sortie en salles le 18 Avril 2012
Année de production : 2011
Avis spectateurs : 3 étoiles 2.91/5 (69 notes)

Résumé du film L'enfant d'en haut

Simon, 12 ans, emprunte l’hiver venu la petite télécabine qui relie la plaine industrielle où il vit seul avec sa soeur Louise, à l’opulente station de ski qui la surplombe. Là-haut, il vole les skis et l’équipement des riches touristes qu’il revend ensuite aux enfants de son immeuble pour en tirer de petits mais réguliers bénéfices.
Louise, qui vient de perdre son travail, profite des trafics de Simon qui prennent de l’ampleur et devient de plus en plus dépendante de lui…

Bande annonce

Galerie Photos ( 8 photos )

  • L'enfant d'en hautL'enfant d'en hautL'enfant d'en haut
  • L'enfant d'en hautL'enfant d'en hautL'enfant d'en haut
  • L'enfant d'en hautL'enfant d'en haut

Notes de Prod.

Un souvenir

Bien après m’être plongée dans l’histoire de « L’enfant d’en haut », le souvenir d’un jeune garçon m’est soudain revenu en tête. J’ai grandi aux pieds du Jura et « monter » en station en hiver pour aller y skier était quelque chose de très banal et faisait partie de notre quotidien. Il y avait un garçon qui venait très souvent skier seul alors que nous étions toujours en groupe. Il skiait très mal et fonçait à toute allure sur les pistes, comme enivré par la vitesse et la prise de risque. Il semblait avoir un tel plaisir d’être « en haut »... Ce garçon m’intriguait jusqu’au jour où j’ai appris qu’il était interdit d’entrée aux restaurants d’altitude car il était soupçonné de voler les clients. Un petit voleur de station.

Un film vertical

Après avoir réalisé « Home », un film horizontal le long d’une autoroute, un monde parallèle qui défile à quelques mètres des fenêtres d’une famille, j’ai eu le désir de réaliser un film vertical rythmé par le mouvement incessant entre le bas et le haut, entre une plaine industrielle et sa station de ski dans la montagne. Le lien entre ces deux mondes : un téléphérique qui glisse dans le vide de l’un à l’autre, qui monte vers la lumière puis redescend sous la couche de nuages. en haut, ce sont les riches touristes venant des quatre coins du monde et glissant au soleil sur les pistes enneigées, un lieu de consommation ostentatoire et d’oisiveté. en bas, c’est la plaine industrielle, continuellement à l’ombre, où la neige a fondu, avec ses cheminées qui ne cracheront bientôt plus leurs fumées, et ses tours HLM isolées au pied des montagnes.

Entre le haut et le bas

« L’enfant d’en haut » raconte l’histoire d’un enfant qui veut s’élever dans tous les sens du terme, une élévation physique, sociale et financière. Alors que le bas n’est qu’abîme, boue et brouillard, au sens météorologique mais aussi symbolique, le haut est comme le jardin des délices : soleil, neige immaculée, argent, frime… Simon s’y sent valorisé tout en restant anonyme derrière ses lunettes de ski volées. Il y est comme sur une scène de théâtre : il a un rôle, s’inventant une vie avec des parents riches, la lumière et un costume spécifique. en bas, Simon a un mauvais rôle qu’il accepte sans broncher, comprenant qu’il vaut mieux avoir un petit rôle auprès de Louise que pas de rôle du tout.

Le petit voleur

Dans cette luxueuse station de ski, Simon est un intrus parmi les nantis qui étalent sans crainte leur richesse. La station de ski me semble être un des derniers bastions qui repose sur la confiance : un monde où l’on peut laisser ses affaires et ses skis – pourtant souvent de grande valeur – sans surveillance, parce que l’accès même à la station est discriminatoire et qu’on est entre soi. en dépouillant avec une très grande facilité les riches touristes, Simon trahit cette confiance-là. Lorsqu’il se fera attraper, il le paiera très cher…

Les coulisses

« L’enfant d’en haut » porte un regard singulier sur le monde des stations de ski qui a été presque uniquement porté à l’écran à travers la comédie ou une certaine « imagerie » de la montagne (beaux paysages de montagnes enneigées, prouesses de skieurs ou surfeurs…). Au sens symbolique, la montagne est le plus souvent filmée au cinéma comme un élément libérateur ou salvateur pour les personnages. Ici, c’est l’envers du décor : en suivant Simon, le spectateur pénètre les coulisses de cette industrie touristique que l’on appelle très sérieusement l’or blanc, avec ses mineurs de fond – les saisonniers – et ses riches consommateurs… On suit Simon dans les toilettes, les sous-sols des installations mécaniques, les couloirs de béton, les arrière-cuisines et les coins décharges des restaurants, les chambres vétustes des saisonniers qui ressemblent parfois à des bunkers.

L'argent

L’argent est au cœur des échanges entre les personnages. Les billets de banque et les pièces de monnaie passent de main en main, des enfants de la plaine et des saisonniers à Simon, de Simon à Louise, puis de nouveau de Louise à Simon…
Même si dès le début, Simon et Louise se trouvent dans une situation financière extrêmement précaire, « L’enfant d’en haut » n’en est pas pour autant un film social.

Simon et Louise

Comme dans « Home », je filme une famille en lutte contre le reste du monde, une entité qui a inventé son propre mode de fonctionnement : une règle du jeu tacite, toute en non-dits. et c’est la parole qui, en une phrase, peut justement à tout instant briser cet équilibre instable.

Le fond et la forme

Même si « L’enfant d’en haut » est le désir de faire après « Home » un film totalement ancré dans le réel, c’est-à-dire dans des décors existants, j’ai eu envie que cette station de ski et sa vallée ne soient pas identifiables par le spectateur. L’espace dans lequel l’action se déroule est ainsi constitué d’un ensemble de lieux rassemblés dans une cartographie imaginaire. Plus j’ai travaillé sur l’écriture du film, plus j’ai épuré le décor du bas en prenant le parti de ne montrer aucun autre décor en plaine que cette tour isolée plantée au milieu de nulle part et son parking, ainsi que le parcours non balisé de Simon à travers les champs pour rejoindre la bosse de neige où jouent les enfants, puis la station téléphérique locale. Le besoin d’épurer et de ramasser ainsi les lieux étant avant tout un désir de concision et de radicalité. L’histoire de « L’enfant d’en haut » fait corps avec le lieu qui n’est pas un simple décor mais est déjà porteur de l’histoire.

Les comédiens

Après « Home », j’ai eu très envie de tourner à nouveau avec afin de pousser encore plus loin le travail que j’avais commencé avec lui. Une des singularités de ce jeune « interprète » (il n’avait jamais joué avant « Home ») est son physique qui dégage quelque chose de très doux, frêle et fragile. Cela va à l’encontre de l’image souvent vue au cinéma de l’enfant « sale gosse » mais Kacey peut aussi tout à coup avoir quelque chose de dur, buté et d’une grande violence J’avais aussi le désir de filmer Kacey à cet âge si particulier, autour des douze ans, où l’on commence à quitter tout doucement l’enfance sans être encore dans l’adolescence. Un moment fragile, troublant, qui ne dure pas longtemps et qu’il était absolument nécessaire de capter dans toute sa complexité pour raconter cette histoire.

La musique

Pour la toute première fois, je n’ai pas ressenti la nécessité d’avoir les musiques du film avant le tournage. Comme un désir de partir du silence et de construire la bande son autour des respirations, des souffles, des paroles criées ou chuchotées. Au cours du montage image, une musique de John Parish, « Girl » de l’album « Dance Hall At Louse Point », m’habitait et commençait à se propager insidieusement dans tout le film, comme si cette musique très minimale était « LA » musique de Simon. Quelques notes de guitare accompagnées par un chant lointain, sans parole et planant de PJ Harvey, tel celui d’une sirène ou l’écho de la voix de Louise quand elle est absente. Cette musique m’a entêtée au point de demander à John Parish de composer toute la musique du film.

Les avis sur le film L'enfant d'en haut