Quand j’étudiais la littérature, les personnages de Thomas Hardy m’ont beaucoup inspiré comme TESS D’UBERVILLE ou JUDE L’OBSCUR. L’étude emphatique de ces personnages sans illusions et défavorisés a laisse en moi un souvenir indélébile. J’étais particulièrement fasciné par l’ironique innocence de Tess violée à la trentième page mais qui ensuite poursuit sa vie avec la candeur d’une vierge effarouchée! L’ENFER D’ETHAN est un hommage à Tess avec des clins d’œil à BONNIE & CLIDE et ROMÉO & JULIETTE. Venant du cinéma expérimental, j’aime mélanger film et vidéo. J’ai filmé les scènes d’extérieur en vidéo, cela offrait un portrait d’Ethan plus spontané, immédiat, frénétique, alors qu’à l’intérieur de la maison, j’ai utilisé le 35MM avec des plans séquences à la De Palma ou à la Ozu. J’avais envie de créer une atmosphère forte, entre la tragédie grecque et le thriller psychologique moderne. Ce film est une ode à l’hybridation, à la «batardisation», les comédiens sont métisses, je mêle les styles, mon inspiration va de Truffaut à Wong Kar Waï. Je suis par nature un hybride, mélange d’origines et d’identités: gay, chinois mais de Hongkong et vivant au Canada... Dans un sens, Ethan reflète ma tristesse, mon errance, mes espoirs.