Une société chinoise rachète l’usine de sidérurgie dans laquelle Vicenzo Bunoavolonta (« bonne volonté ») est responsable de la maintenance. L’homme, la quarantaine, perfectionniste, croit détecter un défaut dans une machine, défaillance qui pourrait provoquer un grave accident. N’écoutant que sa volonté, il décide de se rendre en Chine pour réparer le dommage, découvrant un pays en pleine explosion économique aux mœurs bien différentes de l’Italie.
« L’insensé voyage toute sa vie, le sage connaît l’importance du moindre de ses pas ». Huitième long-métrage du
Gianni Amelio,
L'étoile Imaginaire nous montre une belle quête, entreprise par le plus commun des mortels, en l’occurrence ici un Italien au caractère bien trempé.
Sergio Castellito campe joliment le voyageur, utilisant à bon escient un regard éberlué devant le gouffre culturel qui sépare son pays d’origine et la Chine. Il est accompagné de la pétillante
Tai Ling, plus que crédible dans son rôle de guide / interprète. Côté scénario, rien de très complexe : le voyage constitue le sujet principal du film. Le spectateur marche sans se fatiguer à côté de Vincenzo et contemple les décors naturels magnifiques qu’offrent les rues peuplées de Shangaï et Wuhan, les gratte-ciels de Chongqing, les plaines désertiques de Yinchuan et Baotou. Petits villages, cités grouillantes, chantiers industriels,
L'étoile Imaginaire ressemble à un guide du routard animé, parfaitement mis en scène par le réalisateur.
Au-delà des paysages éclectiques, c’est la réalité du quotidien qui frappe. On ressent physiquement les écarts troublants entre les métropoles et les campagnes, dans ce monde - le nôtre - où la pauvreté et la richesse se côtoient au quotidien.
Gianni Amelio nous montre des familles s’entassant dans des immeubles gigantesques, des paysans vivants sur des sites industriels, mais aussi la dureté politique de la Chine, à travers le destin de Liu, obligée d’abandonner son fils (la loi n’autorisant qu’un enfant par femme). L’histoire passe finalement quelque peu à la trappe. Et c’est là le point faible du film. Le long-métrage délaisse l’intérêt psychologique des personnages pour se muer en un mélange de documentaire et chronique sociale. Le spectateur n’en saura pas plus sur la vie du solitaire Vincenzo. Dommage.
Malgré ce défaut,
L'étoile Imaginaire est indéniablement un beau film et plaira sans aucun doute aux amateurs des reportages d’Arte. Il rappelle enfin cette citation : « Il est dangereux de prendre la route. On marche, et si on ne fait pas attention où l’on pose les pieds, on ne sait jusqu’où cela peut nous mener. ».
Alain Martino