« Le film de
Roshane Saidnattar, que j’ai eu la chance de visionner avant sa distribution, pose le problème de la reconstruction d’une histoire singulière à partir des traces qu’ont laissées les atrocités chez une enfant, Roshane, âgée de 6 ans à l’époque. En France, elle est devenue réalisatrice et a construit sa démarche à partir d’un ensemble complexe de matériaux. Ses propres souvenirs, les documents cinématographiques de propagande des KR, la reconstitution sous formes d’images de ce qu’on pourrait appeler « l’envers » de ce décor de façade, des extraits d’une longue interview de Khieu Samphan chez qui elle a pu séjourner et le retour, 30 ans plus tard, vers le village des khmers rouges. Le moment de ce retour est marqué par un silence assourdissant, lorsqu’elle, sa mère et sa fille arrivent au village où elles ont vécu l’horreur. A ce moment, le temps passé et le présent se télescopent. Ce silence est d’autant plus saisissant que le film est parcouru par les voix de fantômes chuchotant : « j’ai faim, j’ai froid, je veux me réincarner... ». Ce moment de blanc, de silence est suivi de la voix de Roshane, son souffle et l’effroi devant les khmers rouges nous gagne. L’impossible rencontre va avoir lieu sous nos yeux, lourde de tout ce qui ne peut se dire, et qu’on peut entendre entre les lignes.