ACTRICE
L’idée m’est assez vite venue de donner à la comédienne qui jouerait le personnage - et je savais que ce serait Isild Le Besco- le rôle d’une actrice : il s’agissait peut-être de toucher à ce qui - que je le veuille ou non - me sollicite quand j’imagine un film, à savoir l’idée que le récit porte autant sur le personnage inventé que sur l’interprète en train de fabriquer ce personnage. En ce sens,
L’intouchable, peut-être davantage encore que mes films précédents, est un documentaire sur l’actrice au travail. Sachant que le personnage de Jeanne serait interprété par Isild, je me suis servi, en inventant autant que je le pouvais, de ses expériences ou de ses vœux d’actrice pour lui donner ce rôle divisé entre le théâtre et le cinéma. Je savais notamment qu’un des souhaits les plus forts d’Isild était de jouer la Jeanne de Brecht au théâtre et j’avais conscience également, depuis Sadeet À tout de suite, du rapport très paradoxal qu’elle entretient à sa nudité: elle peut donner le sentiment de se dénuder sans aucun souci alors que c’est toujours une épreuve qu’elle s’impose. D’une manière plus générale, ce qui m’intéresse avec une actrice que je connais bien comme Isild, c’est de fabriquer pour elle une fiction qui croise, à un moment donné, ce qu’elle vit ou croit vivre elle-même. Du coup, au lieu de se contenter de la distraction, de la composition comme on dit souvent, je crois qu’elle se met réellement en jeu...