Il était une fois Isaac, un discret photographe s'éprenant follement d'Angelica. Tout irait pour le mieux si celle-ci n'était la jeune défunte dont la famille lui a commandé un portrait. Angelica est pourtant si belle... sans compter que la douce endormie reprend vie à travers son objectif.
Il était une fois
Manoel De Oliveira, le plus âgé et le plus ancien des cinéastes en activité (à 103 printemps, le réalisateur a entamé sa carrière à l'époque du cinéma muet) et cependant un des conteurs les plus libres du Septième Art.
C'est bien avec un "Il était une fois" qu'on aimerait aborder
L'Étrange Affaire Angelica, sa curieuse dernière fable (en date) narrant, avec élégance et retenue, l'incroyable - et pas si impossible - histoire d'amour entre un vivant et une morte. Ce ne serait pourtant pas rendre justice à une oeuvre fine, à la fois libre et exigeante, légère et mature, une oeuvre pleine d'audace et de poésie offrant une touchante réflexion sur le temps qui passe et la puissance irrépressible de l'amour.
Véritable film à clés, le long-métrage de De Oliveira confronte passé et présent (le temps d'une photo ou d'une chanson), prend le temps de contempler, avec douceur et respect, un Portugal rural pour mieux s'interroger sur son futur incertain et convoque soin plastique (les plans sont composés au millimètre) symbolique (les noms de lieux, les portes et fenêtres ouvertes, les animaux) et philosophie afin de livrer une ode à la vie vibrante et puissante qui aurait largement de quoi faire rougir la "jeune" génération.
Epris d'absolu, Isaac - alter ego de
Manoel De Oliveira ? - deviendra fou, hanté par la beauté surnaturelle d'un être inaccessible car rencontré trop tard... et justement irrésistible car impossible à atteindre. Et on peut, sans honte, vous avouer que cette même fascination risque de vous frapper. Continuez de nous enchanter monsieur De Oliveira, on ne vous en voudra pas.
Eléonore Guerra