A l’heure des adaptations comics, remake et autres repompages d’idées originales contemporaines, il fallait un
Christophe Honoré pour oser tenter l’aventure avec un roman datant du 17ème siècle. Car
La princesse de Clèves de Mme La Fayette n’est pas dans l’air du temps comme se plaisait à le souligner Nicolas Sarkozy en qualifiant les prescripteurs du roman de
«sadiques et d’imbéciles ».
Et pour mieux apporter un démenti à ce mépris, le réalisateur a pris la liberté de transposer l’univers de la Cour du Roi Henri II au huis clos d’un lycée des années 2000, avec dans le rôle de la princesse de Clèves, une surprenante
Léa Seydoux. Dans la peau de Junie, cette dernière est contrainte de rejoindre le lycée de son cousin et de se faire accepter par sa bande, sans cesse agitée d’intrigues amoureuses. Ainsi, elle se résigne rapidement à céder aux avances d’Otto, subjugué par la beauté de la nouvelle venue.
Hermétique à l’amour qu’elle considère comme une impasse jalonnée de trahisons et de déceptions, Junie tombe néanmoins amoureuse du très libertin professeur Nemours campé par un
Louis Garrel au sommet de son art. Une passion partagée qui ronge le professeur d’italien jusqu’à tout abandonner.
La mise en scène, servie par des plans très serrés, capte avec une infinie justesse les sentiments des différents personnages et révèle la beauté et la fragilité d’adolescents aux prises avec leurs émotions.
Bien loin des nombreux stéréotypes représentant des jeunes gens accrocs à la consommation,
Christophe Honoré nous livre le portrait d’une adolescence pour qui le romantisme n’est pas juste un soporifique chapitre du programme de Lettres. Pari réussi, n’en déplaise à certains…
Xavier Lalu