Avant gardiste, ce film de
Jules Dassin,(produit par l'audacieux Mark Kellinger), l'était résolument pour l'époque, dans la forme et dans le fond : exit les ambiances de studio, il a été réalisé à New-York, dans les rues, le plus souvent à l'insu des passants. La caméra suivait les comédiens mêlés à la foule. Il est ultra réaliste, très spontané, et propose au spectateur un vrai prisme de la société américaine, avec ses générations et ses classes sociales confondues. La ville tentaculaire et populaire est saisie dans sa vérité dépouillée avec une grande clairvoyance par le réalisateur. Dans le journal Combat, José Giovanni écrivit ceci à propos du film : "Avec La cité sans voiles,
Jules Dassin rend la ville palpable, il donne envie de connaitre le destin tâtonnant de chacun, il nous atteint de plein fouet dans le cœur et l'esprit, et joue de la harpe avec nos nerfs". Malgré la grave maladie du producteur (qui décèdera quelques mois plus tard), et les frictions de Dassin avec la maison de production au moment du montage, ce film fut le premier de la carrière américaine de
Jules Dassin à lui avoir valu une réputation internationale. C'est aussi hélas l'un des films responsables de l'intérêt un peu trop prononcé des Maccarthystes pour son travail, il fut d'ailleurs "blacklisté" en 1950 (comme
Albert Maltz, l'un des scénaristes), et emmena femme et enfants vivre à Paris. Pour toutes ces raisons, il eut beaucoup de mal à revoir son propre film et à en parler avec discernement.