Petri prend comme héros un ouvrier moyen, non un militant. C’est-à-dire celui représentatif, à ses yeux, de la majorité des individus dans les états capitalistes évolués, individu totalement conditionné par la société de consommation dans son travail comme dans ses loisirs. Pris entre un métier qui le robotise et des divertissements standardisés, sollicité par la publicité et son contexte de propagande qui lui tendent le miroir aux alouettes d’un prétendu bien-être matériel assimilé à la propriété de quelques produits types, il ne peut jamais jouir du recul qui lui serait nécessaire pour analyser sa situation. Il lui est donc objectivement impossible de contester l’esclavage moderne qu’il ne connaît pas, en fait, même s’il en est la première victime. Ignorant des rouages dans lesquels il est pris, et plus encore des mécanismes qui assurent leur fonctionnement, il se contente de subir, de courir après un bonheur utopique et de se défouler de temps à autre par des réactions purement affectives à des événements ponctuels. Et si Lulù, le héros de Petri, se met tout à coup à réfléchir, c’est moins parce qu’il a perdu un doigt (même si cet accident est le catalyseur) que