Pierre Legendre - J’ai pensé que la plupart de ceux qui abordent
Frederick Wiseman pour la première fois sont désarçonnés, car ils voient la vie dans son entier. Ici, c’est pareil. On voit coexister les choses infimes, les anecdotes, et puis l’administration, les exercices de
danse, les répétitions ; et de temps à autre il y a cette ponctuation des représentations proprement dites sur la scène de
l’opéra. Alors, le spectateur entre dans la
danse, d’une façon inattendue ! Il voit les choses de l’intérieur. C’est vraiment un film sur la
danse, avec la machinerie du corps humain, le cadre matériel, tout ce qui gravite autour ; c’est comme la synthèse de ce qu’est la
danse pour les Occidentaux, non ? On voit la
danse au plus près. La
danse africaine est dans le piétinement du sol, on sent que les Africains ont la
danse dans la peau, tandis que les Occidentaux sont d’abord des cérébraux : on voit le labeur des
danseurs pour conquérir les gestes de la
danse. Que peut-on dire de cette entrée en matière ?