Lors du dernier Festival de Sarlat, nous avions eu le bonheur de croiser les deux Julie, Gavras (fille de Costa) et Depardieu (fille de Gérard) pour parler de ce joli petit bout de film qu’est
La Faute à Fidel. Morceaux choisis !
Qu’est-ce qui vous a touché dans ce film?
Le regard de Julie sur ce dont elle parle, sa façon de ne pas traiter Nina comme une enfant, comme le font beaucoup de films, mais comme une future adulte. Nous sommes tous des anciens enfants ! C’est un film qui concerne tout le monde, sur la transmission, les parents, les futurs parents...
Ce n’est pas simplement un film qui pose un regard d’enfant sur le monde des adultes…
L’enfant renonce à quelque chose à laquelle elle était agrippée, son petit confort du passé pour finalement lâcher et ouvrir sa pensée, et être un peu plus dans l’échange : c’est-à-dire accueillir ses nouvelles nounous, en faisant plein de découvertes. Les enfants sont souvent un peu réactionnaires, attachés à ce qu’ils connaissent et parce qu’ils ne connaissent pas énormément de choses donc c’est normal qu’ils se cramponnent à ça et cette enfant, on la bouleverse tout le temps sans prendre le temps de lui expliquer.
Est-ce que Nina vous a posé des questions pendant le tournage ?
Aucune. C’est plutôt moi qui la regardait comme quelqu’un à suivre. J’essayais d’être aussi concernée qu’elle, d’être aussi tendue comme un arc qu’elle, parce que les enfants ont la grâce. Elle avait une grâce folle, parce qu’elle n’avait pas conscience, elle ne se regardait pas faire les choses. A chaque fois qu’on lui demandait de refaire une prise, elle était encore mieux que la précédente. Et elle suivait Julie comme le Messie. Elles avaient établi un rapport très fusionnel toutes les deux, que je ne voulais pas troubler...
Pourquoi filmer le point de vue d’une petite fille ?
Je trouve que ces années-là sont des années très compliquées à évoquer, pour plein de raisons : parce que ceux qui les ont faites sont encore là, que certains sont encore fidèles et d’autres bien loin des aspirations de ces moments-là qui ont été analysées voire sur analysées, etc. Et donc utiliser la subjectivité de quelqu’un et qui plus est d’un enfant, ça permettait de ne pas vouloir être absolument véridique. Non pas historiquement parce qu’on est resté très proche de l’époque, mais ça donnait un autre regard sur ces années-là. C’était un peu le regard de ceux qui ont subi ces années-là et non de ceux qui les ont faites comme on peut le voir souvent.
Est-ce aussi un moyen de s’exprimer plus librement ?
C’est-à-dire que forcément, c’est un thème qui m’intéresse. Je fais partie de la génération d’après, même si je suis un peu plus jeune que le personnage d’Anna. Cette génération qui ne s’est pas engagée, qui est plutôt cynique vis-à-vis du monde, avec tout de même une forme d’admiration pour la génération d’avant. Et donc avec cette histoire, ça me permettait de soulever toutes ces questions.
Ce film raconte l’histoire d’une éducation, est-ce que celle du film ressemble à la vôtre ?
Non, c’est très différent parce qu’il y a quelque chose de très fort dans l’histoire qui est la rupture, c’est-à-dire qu’on a un avant, une vie organisée d’une certaine façon et un grand changement, un grand bouleversement dans la vie de cette enfant de neuf ans. Pour moi, il n’y a jamais eu de rupture. Avant que je naisse, mes parents faisaient déjà du cinéma, ils ont continué après. Je n’ai pas changé de maisons comme ça, j’ai eu la même nounou pendant deux ans. Après forcément le roman m’a intéressée avec toute cette complexité du rapport de l’enfant avec la politique.
=> Lire la suite de notre entretien avec les deux Julie !
Propos receuillis par Laetitia Heurteau
(Sarlat, novembre 2006)